Chronique
Luxe : crise ou rebond ?
Publié le par Bruno Lavagna
À l’heure où nos sens saturent et où l’accélération permanente épuise notre attention, le luxe pourrait bien résider dans un retour à l’essentiel. Ralentir, ressentir, transmettre : et si la véritable modernité consistait à remettre nos compteurs à zéro pour redécouvrir une nouvelle définition du luxe, plus intime, plus consciente et profondément humaine ?
Remise à zéro… d’urgence !
Nos cinq sens sont fatigués, notre corps est épuisé.
Nos cerveaux sont saturés.
Nos yeux se ferment.
Nos oreilles n’écoutent plus.
Notre odorat se perd.
Notre goût se lasse.
Notre toucher s’épuise.
Nous ne sommes plus capables d’apprécier, faute d’attention et à cause de la dispersion.
Alors… tout va mal ? NON.
Changeons de regard et d’attitude.
Il "suffit" de revenir à l’essentiel et de remettre les compteurs à zéro.
Le printemps arrive dans moins d’un mois : c’est le RENOUVEAU.
Laisser bourgeonner, s’émerveiller du simple, du vrai, de l’authentique. Laissons le cycle de la nature nous porter pour mieux nous transformer.
Prenons le temps de nous arrêter, de respirer, de vivre.
Faisons de la place, rangeons, éliminons.
C’est NOTRE luxe. Notre CHOIX.
La sagesse de savoir dire NON.
Décider par envie.
Changer de rythme,
au risque de ne pas être compris,
de surprendre les autres,
de sortir de sa zone de confort.
Oui, le luxe est cet art de vivre et cet état d’esprit présents en chacun de nous.
Nous avons été emportés par une frénésie post-Covid-19, alors même que cette pandémie mondiale nous avait alertés. Certains avaient goûté à une vie plus calme, davantage tournée vers la nature et leurs proches. D’autres ont évidemment souffert et aspirent aujourd’hui à retrouver une normalité.
Les attentes actuelles sont simples et complexes à la fois.
Les aspirations sont saines : trouver un bon équilibre personnel et professionnel.
La nature est là ; elle nous donne le cap. Il faut l’écouter, l’appréhender, la respecter, la protéger.
Nous avons besoin de nous régénérer, de nous ressourcer.
RÉFLÉCHIR. RÊVER. RIRE. Et bien sûr RÉALISER — mais avec calme et conviction.
Ce retour aux racines, nourri d’un regard sur le passé pour mieux inventer l’avenir, définit aussi le luxe. Une transmission intelligente, intergénérationnelle et interculturelle : savoir s’adapter avec agilité, audace et perspicacité. Savoir révéler les trésors en nous et les partager.
Qui mieux que les maîtres d’art et les artisans incarnent cette sagesse et cette persévérance ? Ils savent combien la transmission — orale, visuelle, tactile, sensorielle, voire gustative — est fondamentale. Ils sont au cœur de savoir-faire et de talents reçus, enrichis, puis transmis à leur tour aux générations futures.
Ils sont le cœur battant de nos luxes, de nos envies, de nos rêves.
Le luxe est une fenêtre ouverte pour s’offrir du temps et de l’espace : prendre soin de soi, et donc des autres. L’être humain est naturellement attiré par ce qui est beau et bon.
L’enjeu pour les maisons de luxe est d’être présentes sans être omniprésentes, de savoir se laisser désirer. Tout l’art de l’accueil, du juste-à-temps, du juste nécessaire, du juste prix.
La géopolitique du luxe aide à comprendre les racines et les attentes de chaque nation. La richesse des cultures et des traditions nourrit la curiosité, l’envie de découvrir et de partager. Chaque peuple possède ses singularités et ses aspérités. La gastronomie, la culture et le sport sont des valeurs universelles qui fédèrent.
La géopolitique est aussi un état d’esprit d’ouverture et de compromis. Elle permet de découvrir d’autres modes de vie et de s’approprier ce qui nous parle, ce qui nous convient. C’est apprendre à mieux se connaître pour être plus en harmonie avec l’autre.
Le luxe est une aventure qui invite à s’émerveiller, à se dépasser, à aller au-delà de ses propres limites tout en conservant un esprit pragmatique. Une fraîcheur d’esprit, un émerveillement permanent, une volonté d’avancer, d’oser, de prendre des risques — et, in fine, de vivre heureux.