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Du bien-être à l’immortalité : les nouveaux horizons du luxe

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Qu’est devenu le luxe ? Le luxe est galvaudé, dénigré, bafoué, clivant et clivé. Plus personne ne s’y retrouve : les aficionados sont lassés, les nouveaux entrants sont perdus. Tout le monde est perdant.

Le luxe a-t-il perdu la tête ? A-t-il perdu le fil ? Est-il déconnecté ? Et pourtant, chacun rêve de s’offrir un plaisir ou d’offrir un moment unique.

La magie du produit ne suffit plus. Le service a, un temps, permis de répondre à cette attente. Aujourd’hui, c’est l’expérience qui compte. Une quête d’émotion, d’humain, de sens, d’authenticité, d’aventure, de découverte et de voyage !

Un coup de projecteur pour essayer de mieux comprendre ce qui se passe, comment et surtout pourquoi nous en sommes arrivés là.

La crise que traverse le secteur du luxe à l’échelle mondiale révèle aussi le mal-être d’une société en transition, qui se cherche, se transforme et a besoin de repères. En réaction à la mondialisation, le besoin d’ancrage local se renforce. Dans un monde incertain et anxiogène, se rattacher à ses racines et à ses origines rassure. L’hyperconnectivité peut appauvrir les rapports humains, parfois ramenés à de simples "likes" et "clics". On sait tout, partout, sans rien vivre, nulle part. Paradoxalement, à l’heure de la surconnexion, nous sommes déconnectés.

Il faut revenir à la réalité, à la simplicité, à l’authentique, à l’essentiel.

Or le luxe, c’est aussi cette capacité à rompre avec les habitudes, à innover, à casser les codes pour aller vers quelque chose de nouveau, d’inédit, d’exclusif, d’intemporel, qui ouvre de nouveaux horizons. Le temps et l’espace n’ont jamais été aussi fondamentaux : ce sont des territoires que le luxe doit reconquérir.

Cette recherche de bien-vivre et de bien-être traverse les milieux sociaux. Elle exprime un besoin de relations humaines, de tangible, de sensibilité, mais aussi de choix plus raisonnés.

La géopolitique du luxe, c’est aussi cette prise de conscience que tout est relatif, que le luxe relève d’une vision personnelle, d’une approche unique, d’un ressenti singulier. Chacun a son luxe, selon ses us et coutumes, ses racines, son histoire. De là naissent la curiosité pour l’autre, la découverte d’autres styles de vie et d’autres états d’esprit, la volonté de se projeter, de défricher, de sortir des sentiers battus, de redécouvrir !

Le luxe est cette capacité à se remettre en cause, à faire une pause, à remettre les compteurs à zéro, à prendre soin de soi et des autres. Car le luxe, dans cette conception, n’est pas égoïste : c’est le partage, la transmission, le vivre-ensemble et la recherche d’un mieux-vivre avec moins.

Bien vivre, c’est trouver cet équilibre où l’on retrouve les bonnes sensations, les bonnes perceptions. Nos cinq sens reprennent le dessus et nous guident vers ce qui nous fait du bien : bien manger, bien dormir, bien vieillir.

Cette quête de qualité de vie rejoint alors celle de la longévité. Il ne s’agit plus seulement de vivre plus longtemps, mais de préserver la possibilité de profiter de ces années. Être senior ne signifie pas être inactif ; la vieillesse ne se résume pas à la maladie. L’envie de découvrir, de partager et de prendre soin de soi ne disparaît pas avec l’âge.

Le temps devient ainsi l’un des biens les plus précieux : celui que l’on s’accorde, celui que l’on partage, celui que l’on souhaite prolonger. Derrière la recherche de bien-être se dessine un désir de durée, parfois jusqu’au rêve d’éternité.

Et si le luxe consistait moins à rechercher l’immortalité qu’à mieux habiter le temps qui nous est donné ?

Bruno Lavagna, auteur de Géopolitique du luxe et de Géopolitique du tourisme.

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