
Live Intelligence spécial "Prévisions 2026" : le replay
Publié le par Journal du Luxe
Après une année 2025 qualifiée sans détour "d’année de tous les dangers", le luxe s’apprête à tourner une page. Mais attention aux illusions d’optique : 2026 ne sera ni un retour à l’euphorie post-Covid, ni une nouvelle fuite en avant. Ce sera une année de maturité. De lucidité. Et, surtout, de retour au sens.
C’est le diagnostic posé lors du Live Intelligence – Spécial Prévisions Luxe 2026, orchestré par Éric Briones avec Accenture. Autour de la table, un panel d’experts de premier plan a dessiné les contours d’une industrie en profonde métamorphose. Décryptage.
1. La fin de la "greedflation" : l’heure du retour aux volumes
Premier enseignement, et non des moindres : le levier prix est désormais cassé.
Pour Erwan Rambourg, Global Head of Consumer & Retail chez HSBC, 2026 marquera clairement la fin de l’"inflation gourmande". La croissance attendue, autour de 5 à 6 %, en mid-single digit, devra désormais être portée par les volumes, et non plus par des hausses tarifaires successives.
Un constat partagé par Jonathan Siboni, CEO de Luxurynsight, qui observe une rationalisation sévère des politiques de pricing. Le client, y compris le plus fortuné, n’accepte plus les augmentations perçues comme déconnectées de la valeur réelle.
Géographiquement, 2026 devrait sourire aux États-Unis, portés par Wall Street, tandis que la Chine amorcera un réveil progressif, notamment sur les segments Tech et Lifestyle. L’Europe, en revanche, restera sous pression. Pour les CFO, le mot d’ordre est clair : discipline budgétaire et protection des marges.
2. Du "Resonance Gap" à l’artisan relationnel
Dans ce contexte économique plus contraint, la relation client devient un champ de bataille stratégique.
Amal Benichou, Global Luxury Lead chez Accenture, a mis en lumière un point de rupture majeur : le Resonance Gap. Un fossé croissant entre des marques obsédées par la performance financière et des clients en quête de sens, de valeurs et d’alignement.
L’excellence opérationnelle ne suffit plus, elle est devenue un prérequis. Ce qui fait la différence désormais, c’est l’émotion. D’où l’émergence d’une nouvelle figure clé : l’artisan relationnel, capable de recréer du lien humain, sincère, incarné.
Une analyse corroborée par Véronique Le Bansais, qui observe une prudence généralisée, y compris chez les high earners. Face à des arbitrages de consommation de plus en plus visibles, souvent au profit du voyage, grand gagnant annoncé de 2026, les marques doivent prouver leur valeur émotionnelle, pas seulement leur désirabilité.
3. L’ère de l’hospitality : redonner du "souffle" au retail
Pour renouer avec ce client plus exigeant, le retail doit changer de logiciel.
Marie Le Roy, Directrice Marketing & Digital du Ritz Paris, a posé un concept clé : le souffle.
Dans un monde saturé de stimuli, le luxe ne doit plus impressionner à tout prix, mais offrir de l’espace, du silence et du temps. L’événement physique devient ainsi le premier média. Les marques sont appelées à adopter les codes de l’hôtellerie : accueillir avant de vendre, privilégier l’émotion juste à la perfection froide, accepter une forme d’imperfection touchante.
4. Vers un luxe "Wonder", tellurique et vivant
C’est peut-être sur le terrain philosophique que se jouera la bataille de l’image.
Selon Amrita Banta, CEO d’Agility Research, les Ultra High Net Worth Individuals recherchent désormais la paix intérieure, la stabilité et la privacy.
Pour répondre à cette quête, Nicolas Chemla et Guillaume Pétavy Meynier, CMO de Perrier-Jouët, ont opposé deux visions du luxe :
Le Luxe Power (ancien monde) : minéral, froid, fondé sur la domination et la possession.
Le Luxe Wonder (nouveau monde) : floral, vivant, fondé sur la symbiose et l’émerveillement.
La maison Perrier-Jouët incarne cette bascule à travers la viticulture régénératrice : un luxe qui cesse d’être hors-sol pour redevenir tellurique, enraciné dans la terre et le vivant.
À retenir
Le Live Intelligence Luxe 2026 envoie un message limpide : l’ère du bruit est derrière nous.
Demain, les marques qui gagneront seront celles capables d’allier transparence (des prix justes), profondeur (une relation humaine sincère) et poésie (la célébration du vivant).
