Que retenir du Capital Markets Day de Kering ?
Publié le par Pauline Duvieu
Le 16 avril, Kering a organisé à Florence son Capital Markets Day, sa journée dédiée aux investisseurs. L’occasion pour le groupe de dévoiler son nouveau plan stratégique et de revenir sur ses récentes annonces, entre performances financières et mouvements dans la mode chinoise.
"ReconKering" : la nouvelle feuille de route de Kering
Ces derniers jours ont été riches en annonces pour Kering. Lors de cet événement, le groupe a présenté son plan d’action pour redresser la performance. Baptisé "ReconKering" - un nom inspiré de reconquérir, révélateur de ses ambitions - ce programme s’articule autour de trois phases : "reset" (réinitialisation) d’ici fin 2026, "rebuild" (reconstruction) à horizon 2028, puis "reclaim" (reconquête) d’ici la fin de la décennie.
Cette stratégie s’inscrit dans la continuité de deux précédentes feuilles de route : "True Luxury", centrée sur la créativité et l’artisanat, et "Next Luxury", axée sur la technologie et l’évolution des usages. Objectif affiché : restaurer la désirabilité et le rayonnement du groupe.
Pour y parvenir, Kering déploie une plateforme intégrée structurée autour de cinq piliers - industrie, client, technologie, développement durable et fonctions support - afin de renforcer l’efficacité opérationnelle de ses maisons. En parallèle, la création du pôle Kering Jewelry, destiné à mutualiser les ressources dans ce segment, doit contribuer à générer 500 millions d’euros de revenus supplémentaires dans la joaillerie et l’horlogerie.
Développer la maroquinerie de Gucci
Parfaire les collections, accélérer sur les marchés clés, valoriser le patrimoine et l’artisanat : Kering entend renforcer l’identité et l’offre de ses marques, avec une attention particulière portée à Gucci. Si l’ensemble des maisons de mode a enregistré une progression de son chiffre d’affaires au premier trimestre 2026, la griffe italienne peine à retrouver de l’élan. Un enjeu de taille, Gucci représentant à elle seule 40% des revenus du groupe et 60% de son résultat opérationnel.
Qualifiée de "priorité absolue" par le directeur général Luca de Meo, la marque affiche un recul de -8% de ses ventes, à 1,3 milliard d’euros. Une amélioration par rapport au repli à deux chiffres observé en 2025, mais une dynamique encore négative. "Gucci n’a pas besoin d’être réinventée, mais recentrée" a expliqué le dirigeant, cité par BFM Bourse. L’enjeu : renforcer sa désirabilité et la rendre "incontournable, sans être plus bruyante ni plus complexe".
Dans cette optique, la maroquinerie sera renforcée autour de produits "iconiques", qui devraient représenter 20% des ventes du segment d’ici 2030, contre 10% aujourd’hui. Kering vise plus d’un milliard d’euros de revenus additionnels dans la maroquinerie chez Gucci d’ici la fin de la décennie, ainsi que 600 millions d’euros supplémentaires dans les chaussures et le prêt-à-porter sur l’ensemble de ses marques.
En marge de l’événement, le groupe a également officialisé une prise de participation minoritaire dans ICICLE Fashion Group, propriétaire de la marque chinoise Icicle, positionnée sur le segment du quiet luxury et revendiquant une approche écoresponsable.
Doubler la marge opérationnelle courante à moyen terme
Au-delà de la stratégie, les résultats financiers restent au cœur de l’attention. Kering a publié son chiffre d’affaires du premier trimestre 2026, stable à 3,5 milliards d’euros, mettant fin à plusieurs mois de recul. Le groupe vise un doublement de sa marge opérationnelle courante à moyen terme, tout en réduisant ses stocks d’un milliard d’euros par rapport à septembre 2025.
Côté distribution, après une vague de fermetures en 2025, Kering prévoit de réduire encore son réseau d’au moins 100 points de vente en 2026, puis de 150 supplémentaires d’ici 2030. Dans le même temps, les deux tiers du parc seront rénovés. Le groupe poursuit ainsi la rationalisation de ses actifs immobiliers. Il a d'ailleurs récemment annoncé un accord avec le qatari Al Mirqab Group pour céder une partie de son immeuble situé via Monte Napoleone à Milan, pour un montant supérieur à un milliard d’euros - une opération qui s’inscrit dans un programme plus large de cessions engagé depuis plusieurs mois.