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« Luxe et IA : pourquoi la Gen Z sera la gardienne de l’irremplaçable » Pierre Kalaijian, Paris School of Luxury
Publié le par Journal du Luxe
À l’heure où l’IA s’industrialise dans les groupes de luxe, la question n’est plus de savoir s’il faut l’adopter, mais comment ne pas s’y soumettre.
Pierre Kalaijian, directeur de Paris School of Luxury, identifie un basculement structurel : l'entrée dans une "économie du discernement". Entretien sur les usages, les fractures créatives et l’émergence d’un talent hybride.
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Pierre, le luxe expérimente-t-il encore l’IA, ou a-t-il déjà changé d’époque ?
Pierre Kalaijian
Il a déjà changé d’époque. Le luxe n’expérimente plus l’IA, il l'industrialise. On quitte la curiosité technologique ou l’effet "démo" pour entrer dans une phase où l’IA s’inscrit dans les opérations, la relation client, la réparation ou la transmission des savoirs. L’IA n’est plus un gadget, elle devient une infrastructure.
Mais le luxe reste profondément ambivalent. Il sait qu’il a besoin de cet outil, tout en sentant qu’il peut devenir une force de banalisation. C’est tout le paradoxe actuel.
Journal du Luxe
Où se situe, selon vous, la vraie tension ?
Pierre Kalaijian
Le luxe n’a pas peur de l’innovation, il a peur de la moyenne. Ce qu’il redoute, c’est le nivellement produit si la technologie prend le pouvoir sur le goût, le choix ou l’intention. L’IA est extrêmement efficace pour optimiser, fluidifier et accélérer. Mais le luxe ne vit pas de vitesse ; il vit de singularité, de tension symbolique et d’un certain écart avec la norme.
Le vrai sujet n’est pas "faut-il utiliser l’IA ?" mais "comment rester insoumis ?". Comment s’en servir sans se faire coloniser par elle ?

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Les Maisons semblent pourtant très prudentes sur la création…
Pierre Kalaijian
Et elles ont raison. Sur la relation client, le back-office ou la connaissance, l’IA apporte une valeur indiscutable. Mais dès qu’on touche à la création visible, à l’image, au territoire sensible de la marque, le malaise arrive. Pourquoi ? Parce que le public détecte immédiatement une esthétique trop parfaite, trop lisse, trop synthétique.
Dans le luxe, la perfection froide ne fait pas rêver. Elle affadit. Une image peut être techniquement impeccable et émotionnellement vide. Or, le luxe repose sur une excellence humaine, pas sur une perfection artificielle.
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Est-ce que cela change la nature des talents recherchés ?
Pierre Kalaijian
Radicalement. L’IA rebat les cartes, surtout pour les juniors en tuant les métiers d'exécution. Benchmark, synthèse, segmentation sont des compétences désormais absorbées par les outils. Le vieux modèle où l’on apprenait d’abord en exécutant avant d’interpréter est en train de se fissurer. Cela signifie une chose simple : les qualités réservées jadis aux seniors deviennent aujourd'hui le ticket d’entrée. Le goût, le discernement, la culture, la capacité à hiérarchiser et le point de vue sont essentiels dès le premier jour.
En réalité, l’IA nous interdit d’être moyens et nous rappelle que plus l’outil est puissant, plus le jugement humain devient rare et stratégique.
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Vous dites souvent que cette révolution remet au centre des qualités très anciennes…
Pierre Kalaijian
C’est ce qui est fascinant. Bien utiliser l’IA, ce n’est pas seulement savoir "prompter". C’est avoir du vocabulaire, avoir lu, avoir vu des expositions. C’est savoir relier des univers et sentir le mot juste. L’outil est nouveau, mais les qualités qu’il exige sont presque classiques : une colonne vertébrale intellectuelle.
À l’ère de l’IA, le luxe a besoin de profils hybrides : des créatifs capables de dialoguer avec les outils sans dissoudre leur singularité en eux, des talents qui utilisent la technologie sans lui abandonner leur jugement.
Journal du Luxe
C’est ce à quoi vous formez au sein de Paris School of Luxury ?
Pierre Kalaijian
Exactement. Depuis neuf ans, nous formons des talents pour un luxe en transformation. Nous intégrons l’IA non comme une fin, mais comme un levier au service du récit et de la désirabilité. Nous travaillons sur l’oralité, la lecture des signaux faibles et la capacité à produire du sens dans un monde saturé de contenus.
Nos étudiants ne sont pas des exécutants mais des architectes de la singularité. Ils sont préparés pour et par des maisons qui ont besoin, plus que jamais, d’allier intelligence technologique et intelligence humaine. L’École doit mettre davantage l’accent sur l’empathie, le jugement et la culture que sur la technologie elle-même.
Journal du Luxe
Le mot de la fin ?
Pierre Kalaijian
Un luxe victorieux ne sera pas celui qui fera le plus avec l'IA, mais celui qui discernera le mieux, en transformant chaque innovation technologique en valeur symbolique unique et désirable.
Chères Maisons du luxe, depuis neuf années déjà, vous nous aidez à former ces jeunes talents capables de vous accompagner dans cette conquête : recrutez-les !
Article sponsorisé.

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