Maximilian Büsser (MB&F) : quitter la sécurité pour inventer une horlogerie libre
Publié le par Journal du Luxe
Dans ce nouvel épisode du Podcast du Luxe, Lou Dana reçoit Maximilian Büsser, fondateur et CEO de MB&F, pour un échange rare sur la liberté, le risque et le sens dans l’industrie horlogère.
Ancien prodige de l’horlogerie suisse, passé par Jaeger-LeCoultre puis Harry Winston, où il relance avec succès la division horlogère, Maximilian Büsser aurait pu poursuivre une carrière confortable au sein des grandes Maisons. Il choisit pourtant l’inverse : tout quitter pour créer une structure indépendante, fragile, radicale.
De dirigeant à fondateur : le saut dans le vide
En 2005, il fonde MB&F – Maximilian Büsser & Friends, une entité pensée non comme une marque traditionnelle, mais comme un collectif créatif. Le modèle est inédit : réunir des artisans, designers et ingénieurs autour d’un projet commun, en assumant une vision artistique forte, quitte à s’éloigner des standards commerciaux.
"Être différent, c’est ça un avantage. Tout ce qu’on avait fait qui ressemblait aux autres s’est planté."
MB&F ne produit pas des montres au sens conventionnel. La Maison conçoit des sculptures mécaniques tridimensionnelles, des objets cinétiques qui donnent l’heure mais revendiquent avant tout une dimension artistique.
L’indépendance comme ligne de crête
Dans un secteur dominé par les grands groupes — où la concentration s’est accélérée ces vingt dernières années — l’indépendance représente un pari à haut risque. MB&F a frôlé la faillite, traversé des crises financières et affronté les doutes inhérents à toute structure indépendante.
"Gagner de l’argent, ce n’est pas un sens. Sauver une boîte, sauver une industrie, ça c’est un sens."
Loin d’un discours romantique, Maximilian Büsser évoque les réalités humaines et économiques de l’indépendance : pression financière, responsabilité morale envers les équipes, solitude décisionnelle.
L’horlogerie comme art
À l’heure où le marché horloger suisse dépasse les 28 milliards de francs d’exportations annuelles, MB&F incarne une autre voie : celle d’un luxe expérimental, artisanal, affranchi des codes traditionnels de performance produit et de marketing.
"L’horlogerie, c’est de l’art. Ce n’est pas une montre. C’est une œuvre d’art qui donne l’heure."
Ce positionnement radical répond à une évolution profonde du marché : une partie des collectionneurs ne recherche plus uniquement la reconnaissance patrimoniale, mais une expérience émotionnelle singulière, un récit personnel, une vision d’auteur.
Le prix de la liberté
Dans cet échange sincère, Maximilian Büsser parle aussi de leadership, de vulnérabilité et de cohérence personnelle.
"Le dernier jour de ma vie, j’aimerais pouvoir regarder en arrière et dire : j’ai essayé du mieux que j’ai pu."
MB&F n’est pas seulement une marque indépendante. C’est une déclaration d’intention : prouver que, même dans une industrie structurée autour du patrimoine et de la consolidation, la liberté créative peut encore exister.