inner closet

Quand l’expérience, le savoir-faire et la narration dessinent une vision contemporaine du luxe

Publié le par Journal du Luxe

Avec Inner Closet, le Journal du Luxe propose un format singulier : entrer dans la bulle intime du luxe à travers celles et ceux qui le façonnent au quotidien. 

Dirigeants, créatifs, experts ou stratèges y livrent un regard personnel et professionnel sur leur rapport au luxe, ses codes, ses tensions et ses mutations. Loin des discours formatés, Inner Closet explore ce qui se joue à l’intérieur — dans la relation à l’objet, à l’expérience, au temps long. 

Menée par Anne-Laure Colcy, VP chez Capgemini Invent, et Sidney Biolley, éditeur du Journal du Luxe, cette série d’entretiens donne la parole aux acteurs du marché pour mieux comprendre leur vision, leur sensibilité et leur lecture d’un luxe en constante redéfinition. 

Dans cet échange, Lucie Weill partage une approche profondément incarnée du luxe, façonnée par l’expérience, l’émotion et la conviction que le lien humain demeure le socle de toute relation durable entre une Maison et ses clients. 

Anne-Laure Colcy et Sidney Biolley

Votre relation au luxe semble presque instinctive. D’où vient-elle ?

Lucie Weill

Par vocation : j’ai toujours été fascinée par l’instant suspendu qui se crée quand on entre dans une maison au service du beau, de l’artisanat, de la transmission.

Anne-Laure Colcy et Sidney Biolley

Y a-t-il un moment fondateur, un souvenir précis qui a marqué votre rapport au luxe ?

Lucie Weill

L’achat de mon premier sac, que je me suis offert à 19 ans après avoir travaillé un an tous les week-ends. Il s’agit de l’Alma cuir vernis Amarante de Vuitton. La conseillère de vente a compris que je réalisais mon premier achat, elle a compris que j’étais très décidée et pourtant, elle a pris le temps de traiter ma demande, de m’aiguiller, de nourrir un doute - superficiel, je savais à 1000 % ce que je voulais - pour faire durer l’expérience.

J’en suis restée fidèle à la maison et j’ai compris que même le plus petit achat pouvait créer une affection suffisante pour permettre un lien durable avec le client, qu’une relation peut débuter très tôt et nécessite un investissement précurseur de la marque.

Anne-Laure Colcy et Sidney Biolley

Le luxe impressionne aussi par ses démonstrations de puissance. Qu’est-ce qui vous frappe aujourd’hui dans cette industrie ?

Lucie Weill

Comme à chaque Fashion Week, je suis impressionnée par les moyens déployés par l’industrie du luxe. Récemment, j’ai particulièrement remarqué le défilé Moncler pour lequel la marque a privatisé pendant plusieurs semaines l’altiport de Courchevel afin d’y monter un catwalk pour un défilé de moins d’une heure.

Anne-Laure Colcy et Sidney Biolley

Les attentes des clients ont-elles profondément changé selon vous ?

Lucie Weill

Nos clients sont à la recherche d’expérience et d’unique. Ils veulent recevoir un service sur-mesure et sont particulièrement touchés par des attentions personnalisées. Je les rejoins : le luxe, c’est de recevoir plus qu’un simple service. Le sur-mesure est une extension de leur individualité et de leur quête d’exclusivité.

Anne-Laure Colcy et Sidney Biolley

Si vous deviez résumer l’essence du luxe en quelques mots, quels seraient-ils ?

Lucie Weill

La secret sauce du luxe : savoir-faire, émotion, narration. L’histoire d’une maison n’a pas besoin d’être un héritage, mais elle doit porter une culture. Le luxe repose également sur l’humain, qui détient le savoir-faire, qu’il soit artisanal, technologique ou de service. Et savoir-faire plus narration égale émotion.

Anne-Laure Colcy et Sidney Biolley

Quel levier vous semble aujourd’hui incontournable dans la construction de la désirabilité ?

Lucie Weill

Puisque la réponse doit être courte, je ne citerai que les réseaux sociaux, dont le rôle est fondamental dans la désirabilité d’une marque. Ils en communiquent l’héritage et l’exclusivité, permettent d’adapter son discours en personnalisant la prise de parole. Ils rendent possible la diffusion très large de contenus visuels ultra soignés et assurent de mieux verrouiller sa communication.

Anne-Laure Colcy et Sidney Biolley

Comment définiriez-vous le luxe contemporain ?

Lucie Weill

Le luxe d’aujourd’hui est un dialogue constant entre passé et futur. Il doit préserver son prestige et son savoir-faire tout en s’adaptant aux nouvelles attentes sociétales et technologiques. L’authenticité et l’innovation sont les deux piliers qui permettront aux maisons de luxe de rester intemporelles tout en évoluant avec leur époque.

Anne-Laure Colcy et Sidney Biolley

Et sur le terrain du digital, comment percevez-vous l’évolution du secteur ?

Lucie Weill

Il y a une quinzaine d’années, je trouvais que le luxe avait du mal à se mettre au web, à l’achat en ligne, que les sites étaient souvent mal faits. On sentait un complexe de l’industrie sur ce sujet de transformation.

Aujourd’hui, je la trouve plutôt très précurseur. Les maisons testent, tentent. Elles acceptent de dématérialiser l’expérience, de repenser son caractère immersif, de déterminer un nouvel équilibre entre le numérique et l’humain. Je pense que cela résulte à la fois de la révolution numérique que nous entamons à peine, ainsi que de la pandémie qui a obligé toutes les industries à faire évoluer leur modèle.

Le luxe comme relation durable 

À travers ce regard, le luxe apparaît moins comme un statut que comme une relation. 
Une relation faite de temps long, de transmission et d’attentions justes, où l’expérience prime autant que l’objet. Dans un contexte de mutation accélérée, cette vision rappelle une évidence souvent oubliée : l’innovation ne vaut que si elle prolonge l’émotion, et la modernité n’a de sens que lorsqu’elle respecte la culture des Maisons. 

Une équation subtile, entre héritage et mouvement, que le luxe contemporain continue d’écrire, une expérience à la fois. 

 

inner closet

Business