Luxe : quand le goûter fait recette
Publié le par Journal du Luxe
Vuitton, Dior, Cheval Blanc… À la croisée de l'expérience, du storytelling et de l'accessibilité maîtrisée, le tea time devient plus que jamais un espace d'expression du luxe contemporain.
Le goûter, terrain de jeu gastronomique
Ces derniers mois, grands hôtels et Maisons de prestige ont considérablement étoffé leur offre gastronomique autour du goûter, transformant ce moment intermédiaire en véritable produit d'appel.
Chez Cheval Blanc Paris par exemple, un nouveau rituel s'invite désormais à la table du restaurant Le Tout-Paris : les Goûters Gaufrés. Orchestrés à huit mains - Maxime Frédéric et Sacha Vadier au sucré, William Béquin et Arnaud Donckele au salé - ils se déclinent autour de gaufres rondes sucrées et salées évoquant la rosace médiévale de la cathédrale Notre-Dame de Paris, visible depuis les fenêtres de l’établissement.
À deux pas de là, Maxime Frédéric - élu meilleur chef pâtissier du monde aux World's 50 Best Restaurants - opère également du côté du Café Louis Vuitton où il compose depuis novembre un tea time articulé autour des codes emblématiques de la Maison. Logo LV et fleur de monogramme se déploient sur l'arbre de présentation comme autant de signatures visuelles immédiatement identifiables.
Même dynamique au bar de la Tour d'Argent, à l'Hôtel de Crillon - qui décline un goûter thématique Marie-Antoinette avec le chausseur Manolo Blahnik - ou encore chez Dior qui, en décembre dernier, a introduit un nouveau goûter au sein de son flagship de l'avenue Montaigne sous la supervision du chef multi-étoilé Yannick Alléno.
Un format point d'entrée vers la marque
Dans un contexte de ralentissement de la demande et de "luxe fatigue", ce format répond également à une évolution des arbitrages où le consommateur privilégie une expérience mémorielle à un produit coûteux. Le goûter devient ainsi un point d'entrée dans l'univers de la marque, capable de séduire une clientèle plus jeune, locale ou occasionnelle, souvent prescriptrice.
Pour les hôtels, l'enjeu est aussi économique. Incontournable, le tea time permet d'activer les lieux en journée, d'attirer un public qui ne séjourne pas nécessairement sur place et d'optimiser la rentabilité des espaces tout en mobilisant des ressources déjà existantes.
Un luxe de rite et de réseaux
Qu'il s’agisse d'enrichir l'offre d'un établissement hôtelier ou de renforcer la diversification gastronomique des griffes de mode, le goûter s'impose comme un format stratégique à part entière. Accessible sans être banal, codifié mais propice à la créativité, il permet aux marques de proposer une expérience immersive à un ticket d'entrée maîtrisé, tout en préservant leur exclusivité.
Au-delà de l'assiette, le tea time réactive une notion centrale du luxe : celle du rite et de la lenteur choisie. Ni tout à fait repas, ni simple pause, l'expérience s'inscrit dans un luxe refuge fondé sur le plaisir immédiat. Un temps suspendu, qui n'en reste pas moins calibré pour alimenter le flux social et médiatique.