Stéven Coëffic : une vision sensible du luxe par la céramique
Publié le par Anaïs Clavell
À la croisée du design, de l’art et de l’artisanat, Stéven Coëffic a signé cette année le trophée du Journal du Luxe. Conçu et fabriqué dans son atelier parisien, ce prix incarne une vision sensible du luxe, où le geste, la matière et le temps long retrouvent toute leur valeur.
La poésie du geste, au coeur du travail du designer
Formé à l’École nationale supérieure des Arts décoratifs de Paris, Stéven Coëffic développe depuis plus de dix ans une pratique singulière, nourrie par la céramique et une recherche qu’il nomme la "distraction fonctionnelle" : son idée est ainsi de transformer nos interactions avec les objets du quotidien en moments d’attention et de poésie. "Allumer une lampe ou toucher un interrupteur sont devenus des gestes dénués de sens. J’essaie de faire en sorte que nos gestes ne soient plus automatiques, mais deviennent des expériences", explique-t-il.
La plus parfaite illustration de ce concept ? La Lampe 05 que le créateur a dévoilé en 2022. À première vue, l’objet se lit comme une sculpture. Ce n’est qu’en l’activant que sa fonction se révèle : pour l’allumer, il faut en effet poser un palet de terre sur son socle. "Il faut donner quelque chose à la lampe pour qu’elle donne de la lumière, résume le designer. En ralentissant volontairement l’usage, l’objet crée un lien plus fort avec celui qui l’utilise et invite à conserver, plutôt qu’à remplacer".
C’est cette même logique qui a guidé la création du trophée du Journal du Luxe 2025. Pour ce projet, Stéven Coëffic a choisi de mettre en avant son savoir-faire : celui du moulage céramique. "Toutes mes pièces naissent d’un moule en plâtre, dans lequel je viens couler la terre. Ce procédé permet la répétition, à la manière d’un processus industriel, tout en restant à une échelle artisanale", précise-t-il. Minimaliste dans sa forme, le trophée se distingue par de légères variations, issues de l’émaillage et de la cuisson, qui rendent chaque pièce unique.
Cette attention portée au geste et à la matière s’inscrit dans une vision assumée du slow design, qui trouve un écho particulier dans le luxe contemporain. "J’aime aller à contre-courant de l’efficacité absolue. Perdre un peu de temps avec un objet, c’est ouvrir un espace de créativité et de poésie", confie-t-il. Une lenteur revendiquée qui renforce le caractère précieux des pièces qu’il crée.
Aujourd’hui, Stéven Coëffic poursuit cette recherche à travers plusieurs grands projets. Il revient notamment de deux mois de résidence en Inde pour Aequo Gallery, au sein d’un village d’artisans céramistes, où il a travaillé une terre noire selon des techniques traditionnelles. En parallèle, il entame une résidence de recherche neuf mois au sein des Manufactures nationales Sèvres & Mobilier National. Un projet d'envergure, à la croisée de l’artisanat d’exception, de la création contemporaine et du luxe institutionnel, qui pourrait donner naissance à des pièces destinées aux collections nationales.