Chronique

Marine Serre : on pensait la marque éclipsée... mais une nouvelle lune se profile

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On la disait éclipsée. Après le placement de sa société en redressement judiciaire cet été, Marine Serre aurait pu voir son croissant de lune perdre de son éclat. Mais avec The Grace of Time, la créatrice française semble bien décidée à rappeler que les astres, comme les maisons de mode, connaissent des cycles. Et qu’une éclipse n’est pas nécessairement une disparition.

Dévoilées en mars dernier, les images de The Grace of Time réapparaissent ces dernières semaines sur les réseaux sociaux de la marque. Par fragments. Comme pour les faire renaître… Mais pourquoi maintenant ?

La créatrice, qui a fait de l’incertitude du monde son langage esthétique — son "Futurewear" évoquant un monde en mutation —, se retrouvait en juillet dernier confrontée à l’incertitude de l’avenir de sa propre maison. Remises en circulation après les difficultés de l’été, ces images prennent aujourd’hui une résonance nouvelle. Elles semblent nous envoyer un signal depuis son ciel, son monde d’ailleurs. Ce signal prend la forme du Moon Pattern, son motif signature, apparaissant dès la première scène du film, comme une trace extraterrestre.

Il ne tient plus qu’à nous de le décrypter.

© Courtesy Marine Serre
© Courtesy Marine Serre
© Courtesy Marine Serre

Marine Serre aurait-elle déjà tiré les cartes de son destin, sous les auspices d’un croissant de lune ? La Madone, La Chasseresse, La Scribe, La Dompteuse, Diane… Par leurs noms et leur mise en scène, les figures de sa collection automne-hiver 2026 évoquent un jeu de tarot. Une lecture qui prolonge l’imaginaire de ces tableaux photographiques, nourris par un dialogue avec le Louvre et ses collections.

Diane, ou Artémis chez les Grecs : un hasard ? Cette déesse, associée à la lune, incarne aussi une figure féminine indépendante. Doit-on y voir une identification allégorique à la créatrice et, par extension, à sa marque elle-même ?

C’est bien la renaissance d’une déesse que l’on croit voir s’opérer tout au long du film : une femme aux cheveux purifiés par l’eau, allongée sous une fine couche de feuilles. Artémis était également la déesse de la nature sauvage : un rapprochement qui peut faire écho à l’engagement environnemental de la marque. Une à une, les feuilles sont ôtées de son visage, laissant apparaître cette déité vêtue de créations Marine Serre.

À travers cette lecture de la campagne se dessine la renaissance d’une Maison qui n’a pas dit son dernier mot.

© Courtesy Marine Serre

Pour présenter sa collection automne-hiver 2026, la marque avait choisi de ne pas défiler. Ses silhouettes continuent pourtant de défiler sous nos yeux, dans des images au format 4:5, encore en ce mois d’octobre. Leur retour semble porter un message : Marine Serre a connu une éclipse. Une éclipse passagère. Sous une nouvelle lune, la Maison poursuit son histoire à travers une galerie de portraits.

© Courtesy Marine Serre

Revenons alors à la scène d’ouverture du film : une lune moissonnée dans l’herbe. L’image évoque la Lune des Moissons, ou Harvest Moon, et tout l’imaginaire qui l’accompagne. Celui d’un bilan, d’une saison qui s’achève, mais aussi de l’abondance et de la récolte de ce que l’on a semé. À la lumière des difficultés de l’été, cette scène prend une autre dimension : celle d’une Maison qui interroge son avenir sans renoncer à son langage.

Si la renaissance économique reste à confirmer, la marque réaffirme ici la force de son imaginaire. Une manière de rappeler que son croissant de lune n’a pas fini d’éclairer la mode.

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