matières fécales mode

Matières Fécales : comment la griffe la plus dérangeante de la mode est devenue le nouveau phénomène du luxe

Publié le par

Longtemps cantonnée aux réseaux sociaux, la marque Matières Fécales s'impose désormais sur les podiums parisiens. Derrière son nom volontairement dérangeant, le duo canadien Hannah Rose Dalton et Steven Raj Bhaskaran développe une réflexion sur les normes esthétiques, la consommation et les nouveaux codes du luxe.

Du phénomène Instagram à la Fashion Week de Paris

À première vue, rien ne destinait Hannah Rose Dalton et Steven Raj Bhaskaran à intégrer le calendrier officiel de la Fashion Week de Paris. Rencontrés au Collège LaSalle de Montréal au milieu des années 2010, les deux créateurs canadiens se font d'abord connaître sous le nom de Fecal Matter, à travers un compte Instagram où ils mettent en scène leur propre transformation physique. Visages blanchis, prothèses faciales, lentilles noires, chaussures imitant des pieds nus... Leur esthétique post-humaine divise autant qu'elle fascine et rassemble rapidement une importante communauté en ligne.

Le duo commence alors à concevoir des pièces uniques réalisées à la main et vendues directement via les réseaux sociaux. Si leur univers attire l'attention, leur activité reste encore confidentielle, jusqu'à leur rencontre avec Dover Street Market Paris. Fondé par Rei Kawakubo, créatrice de Comme des Garçons, et Adrian Joffe, ce concept store est considéré comme l'un des principaux prescripteurs de la mode d'avant-garde. Séduit par leur créativité, Adrian Joffe invite les deux designers à développer une véritable collection. Un accompagnement décisif qui leur ouvre les portes des acheteurs internationaux.

Cette étape débouche sur la création officielle de la maison Matières Fécales, installée à Paris. En mars 2025, la marque présente sa première collection dans le cadre de la Fashion Week parisienne. Derrière le nom volontairement provocateur se dévoilent des silhouettes sophistiquées : tailoring précis, robes sculpturales et volumes exagérés. Les créateurs expliquent avoir choisi cette appellation en référence aux déchets produits par l'industrie de la mode, avec l'ambition de questionner les notions de beauté, de désirabilité et de valeur.

La consécration médiatique intervient en 2026. Lors de l'avant-première new-yorkaise de The Odyssey, nouveau film de Christopher Nolan, Zendaya apparaît dans une spectaculaire robe sculpturale signée Matières Fécales, imaginée avec son styliste Law Roach. Quelques mois plus tôt, Sarah Paulson avait déjà choisi la maison pour le Met Gala 2026, tandis que Lady Gaga compte parmi les premières célébrités à avoir adopté ses créations.

Ainsi, en quelques années, Hannah Rose Dalton et Steven Raj Bhaskaran sont passés du statut de phénomène Instagram à celui de créateurs reconnus par l'industrie de la mode. Une ascension qui illustre l'intérêt croissant du luxe pour les univers créatifs ultra singuliers.

matières fécales mode
©Matières Fécales

Mode