
L'or dormant des Français : un trésor de 4 000 tonnes qui fait rêver l'industrie joaillière
Publié le par Journal du Luxe
Alors que les questions de traçabilité et d'éco-responsabilité redéfinissent les standards du luxe contemporain, le salut de la joaillerie française pourrait bien se trouver au fond des coffres de ses propres clients. Une récente étude lève le voile sur l'état d'un patrimoine jalousement gardé.
Un bas de laine national plus lourd que les réserves de l'État
Les citoyens français dissimulent une fortune collective bien plus importante que prévu. D'après les conclusions d'une enquête menée par le cabinet EY pour Francéclat et l'Union Française de la Bijouterie, Joaillerie, Orfèvrerie, des Pierres & des Perles (UFBJOP), les réserves privées de l'Hexagone s'élèveraient à environ 4 026 tonnes d'or, un volume qui dépasse de loin les stocks de la Banque de France dont l'estimation avoisine les 2 437 tonnes.
Bien que l'or soit présent chez 66% de la population, la répartition de cette richesse reste hétérogène : l'or patrimonial - sous forme de pièces ou de lingots - représenterait 2 392 tonnes, là où les bijoux et montres pèseraient pour environ 1 634 tonnes.
Le syndrome de la "relique familiale"
L'analyse met en lumière le caractère figé de ces richesses alors que près de 69% de cette réserve est qualifiée de dormante, n'étant ni exposée, ni portée.
Cette rétention s'explique avant tout par des facteurs psychologiques : pour 48% des foyers sondés, l'aspect mémoriel et l'affection pour les objets transmis empêchent toute démarche de vente. L'or reçu en héritage incarne une continuité symbolique, émotionnelle, difficile à rompre.
Par ailleurs, 40% des personnes indiquent redouter une transaction financière dévalorisée par manque de repères sur les prix réels, tandis que 27% se disent découragées par la complexité des taxes.

Réveiller l'or qui dort
Pour l'industrie de la joaillerie, de l'horlogerie et de la création en général, ces ressources familiales ouvrent des perspectives particulièrement intéressantes. "La remise en circulation de cet or "dormant" peut constituer un levier vertueux, à la fois économique et durable", notent les auteurs du rapport qui insistent sur la capacité de l'or à pouvoir être retravaillé de manière infinie, sans jamais perdre ses propriétés : une circularité hors norme dans un secteur soumis à la raréfaction des matières premières et à la montée en puissance des exigences des consommateurs envers des modes de sourcing plus responsables.
