
Quand Clarins installe la technologie au cœur de son discours beauté
Publié le par Ana Braun
Historiquement associée à l’univers végétal et au soin, Clarins renforce depuis plusieurs années une autre dimension de son identité : celle d’une marque qui revendique une expertise technologique de plus en plus visible.
Le lancement de Double Serum Foundation s’inscrit dans cette trajectoire, non pas seulement comme une extension de gamme, mais comme un signal stratégique : celui d’un maquillage conçu selon des logiques proches du soin, tant dans la formulation que dans la démonstration scientifique.
À travers ce produit, la marque confirme une orientation déjà amorcée avec son sérum iconique : faire de la technologie cosmétique un pilier de sa valeur perçue, au même titre que la naturalité des ingrédients.
La double phase comme signature technologique
Depuis plus de quarante ans, Clarins développe des formules à double phase, inspirées du fonctionnement naturel de la peau. Cette architecture, d’abord réservée au soin, devient aujourd’hui un langage de marque transposable au maquillage. Le principe est simple sur le papier, mais complexe dans sa mise en œuvre : maintenir séparés des actifs incompatibles chimiquement, afin de préserver leur efficacité jusqu’au moment de l’application.
Dans le cas du teint, cette séparation n’est pas qu’un argument marketing. Elle répond à une contrainte formulatoire précise, notamment pour éviter que certaines enzymes n’altèrent des peptides anti-âge sensibles. Le packaging devient ainsi une composante fonctionnelle de la performance produit, et non plus seulement un objet esthétique.
Objectiver l’éclat : de la perception à la donnée
Autre marqueur de cette montée en puissance du discours technologique : la volonté de transformer des notions traditionnellement subjectives, comme l’éclat du teint, en paramètres mesurables. Clarins s’appuie pour cela sur des études internes corrélant luminosité de la peau et perception de jeunesse.
Dans cette logique, la lumière n’est plus seulement un effet visuel recherché par le maquillage, mais un indicateur biométrique indirect, utilisé pour évaluer la qualité apparente de la peau. La technologie A.U.R.A., intégrée à la formule, s’inscrit dans cette approche : elle vise à modifier la façon dont la lumière est diffusée à la surface du visage, plutôt qu’à simplement ajouter des pigments réflecteurs.
Cette rationalisation de l’éclat participe d’un mouvement plus large dans l’industrie cosmétique : celui d’une esthétisation pilotée par la donnée, où le résultat visuel devient la conséquence d’un mécanisme physico-chimique documenté.
Du maquillage au "skin-tech"
En intégrant un nombre élevé d’actifs de soin dans une formule de fond de teint, Clarins adopte une posture intermédiaire entre maquillage et traitement cutané. Ce positionnement hybride répond à une attente croissante du marché : des produits multifonctions, capables d’agir à la fois sur l’apparence immédiate et sur la qualité de la peau à moyen terme.

Cette hybridation n’est pas anodine sur le plan stratégique. Elle permet à la marque de valoriser sa recherche en biologie cutanée dans des catégories historiquement dominées par des critères esthétiques, et de se différencier dans un segment du teint de plus en plus concurrentiel.
Technologie et responsabilité : une narration combinée
L’aura technologique revendiquée par Clarins s’accompagne également d’un discours de transparence et de traçabilité. L’intégration d’outils numériques permettant de suivre l’origine des ingrédients et les étapes de fabrication s’inscrit dans une logique de responsabilisation par la technologie, où la blockchain devient un support de crédibilité environnementale et sociale.
Dans cette perspective, la technologie ne sert pas uniquement la performance cosmétique, mais aussi la construction de la confiance, à un moment où les attentes en matière de durabilité et de traçabilité deviennent structurantes dans l’acte d’achat.
Une évolution cohérente du territoire de marque
Plus qu’un simple lancement produit, Double Serum Foundation illustre la manière dont Clarins fait évoluer son territoire d’expression : du végétal comme source d’actifs, vers une mise en récit de la recherche scientifique, de la formulation complexe et de la preuve d’efficacité.
Cette évolution permet à la marque de rester fidèle à son héritage tout en s’alignant sur les nouveaux codes du secteur, où la crédibilité passe de plus en plus par la démonstration technologique. Dans un contexte de montée en gamme globale du marché du teint, Clarins semble ainsi chercher moins à séduire par le glamour que par la maîtrise des processus invisibles, ceux qui transforment la cosmétique en objet de performance.
