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« La manufacture n’est pas un décor : elle est la preuve » Benoît de Clerck, ZENITH

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Au Locle, dans les bureaux de ZENITH, Benoît de Clerck expose une vision claire de ce que doit être aujourd’hui une grande maison horlogère : une marque lisible, désirable, techniquement légitime et profondément alignée entre son produit, son discours et son exécution.

Dans un univers du luxe où l’image peut parfois prendre le pas sur la substance, ZENITH revendique au contraire une vérité tangible : celle d’une manufacture vivante, d’une architecture de collection cohérente, d’un patrimoine horloger incontestable et d’une exigence de justesse à tous les niveaux. Derrière cette feuille de route, une conviction forte : la puissance d’une maison ne repose pas seulement sur ce qu’elle raconte, mais sur ce qu’elle est capable de prouver.

Alexis de Prévoisin

Comment définissez-vous ZENITH aujourd’hui ?

Benoît de Clerck

ZENITH est une maison qui doit rester d’une grande clarté. Clarté du produit, du positionnement, du discours, de l’exécution. Nous sommes une marque horlogère au sens plein du terme, avec une vraie substance technique, une manufacture tangible et une identité qui ne doit jamais se disperser. La désirabilité ne doit pas masquer la rigueur ; elle doit naître d’elle.

Alexis de Prévoisin

Cette clarté est-elle devenue votre premier marqueur stratégique ?

Benoît de Clerck

Oui, parce qu’une marque forte est une marque lisible. Cette lisibilité doit se retrouver dans les collections, dans les lancements, dans la distribution, dans la communication, mais aussi dans les équipes et dans le réseau. Chez ZENITH, elle est inséparable d’une discipline d’exécution. C’est ce qui permet de rester cohérent tout en gardant une vraie capacité d’attraction.

© Zenith

Alexis de Prévoisin

Au sein de LVMH, et plus largement dans le paysage horloger, où situez-vous aujourd’hui ZENITH ?

Benoît de Clerck

ZENITH occupe une place très identifiable, d’abord par sa technicité. C’est une maison respectée pour la qualité de ses mouvements, pour son histoire industrielle de plus de 160 ans et pour sa capacité à parler aussi bien aux connaisseurs qu’aux collectionneurs.

Cette légitimité technique lui donne une position claire, presque structurante, au sein du groupe comme dans l’univers horloger. Mais cette force ne doit jamais devenir une prison. Tout l’enjeu est de faire vivre cette crédibilité avec du style, de la lisibilité de marque et une vraie capacité d’émotion. Il faut être légitime sans devenir austère, désirable sans devenir superficiel.

C’est précisément cet équilibre qui fait aujourd’hui la singularité de ZENITH.

Alexis de Prévoisin

ZENITH reste très associée à El Primero. Est-ce une force ou parfois une réduction ?

Benoît de Clerck

C’est une force, à condition de ne pas en faire une marque dans la marque. El Primero n’est pas une identité parallèle ; c’est une expression majeure de ZENITH. Il a d’ailleurs équipé les modèles Rolex Daytona de 1988 à 2000, et plus récemment la Tiffany Timer, un chronographe animé par le calibre El Primero 400. C’est un mouvement fondateur, vivant, constamment enrichi. Mais ZENITH ne se résume pas à lui.

La richesse de la manufacture s’exprime aussi à travers le calibre 135, véritable sommet de précision conçu pour les concours d’observatoire, qui détient un record absolu de récompenses et incarne une quête chronométrique poussée à son paroxysme. Le mouvement Elite vient compléter cet ensemble en équipant aujourd’hui la ligne Revival, particulièrement prisée des collectionneurs. El Primero est un vecteur d’identité, pas une frontière.

Alexis de Prévoisin

Vous avez une formule forte : ZENITH avance sur deux jambes.

Benoît de Clerck

Oui. La première, c’est la marque : son design, son positionnement, sa communication, son désir. La seconde, c’est la manufacture : les mouvements, le savoir-faire, l’actif technique, la crédibilité. Les deux sont indissociables. Ce qui fait la force de ZENITH, c’est précisément de ne pas opposer l’image et la preuve, mais de les faire avancer ensemble.

Alexis de Prévoisin

Cette articulation entre marque, manufacture et architecture produit est-elle ce qui donne aujourd’hui sa cohérence à ZENITH ?

Benoît de Clerck

Oui, parce que les mouvements ne sont pas un sujet séparé : ils font partie intégrante de la marque. Ils nourrissent son histoire, sa profondeur et sa légitimité.

Une maison horlogère est forte lorsqu’elle sait faire dialoguer le moteur et le récit, la technique et l’allure. Cette logique se reflète naturellement dans notre architecture produit, avec des piliers très identifiés comme DEFY, CHRONOMASTER et PILOT, auxquels s’ajoute plus récemment la G.F.J., une collection hommage à Georges Favre-Jacot qui marque le retour du légendaire calibre 135 dans une interprétation contemporaine, pensée pour les collectionneurs et ancrée dans la quête historique de précision de la manufacture.

L’enjeu est de renforcer chaque territoire au bon moment, avec cohérence. Dans l’horlogerie, la clarté de gamme est une forme de luxe : elle exige de la constance, de la retenue et une vraie discipline.

Alexis de Prévoisin

Quels sont, aujourd’hui, les codes image les plus puissants de ZENITH ?

Benoît de Clerck

Le bleu, bien sûr, et l’étoile. Ce sont des signes de reconnaissance immédiate, mais ils ne sont pas simplement graphiques. Ils ouvrent sur un récit plus profond, fait d’authenticité, de précision, d’héritage et de permanence. Une grande maison horlogère doit pouvoir être identifiée rapidement, puis comprise durablement.

Alexis de Prévoisin

Vous avez dit de la manufacture qu’elle était peut-être le plus bel outil marketing de la Maison. Pourquoi ?

Benoît de Clerck

Parce qu’elle apporte la preuve. On peut raconter beaucoup de choses dans le luxe, mais rien n’est plus fort que ce que l’on peut montrer. Ici, au Locle, là où ZENITH est installée depuis plus de 160 ans, on voit les gestes, les établis, les flux, le temps long. On voit une histoire incarnée. C’est aussi ce qui fait de ZENITH une véritable manufacture de mouvements : chaque montre est équipée d’un calibre entièrement conçu, développé et produit en interne, au sein même de la manufacture. La manufacture n’est pas un décor. Elle crédibilise le produit, le discours, l’expérience et la stratégie.

Alexis de Prévoisin

C’est donc là que se joue, selon vous, la différence entre storytelling et authenticité ?

Benoît de Clerck

Lorsqu’un collectionneur visite la manufacture, il ne reçoit plus seulement un message : il découvre une réalité. Il voit les horlogers au travail, les mouvements en cours d’assemblage, la vie réelle de la Maison, ce que nous appelons chez ZENITH The Heart of Watchmaking. Et parfois, cette expérience devient profondément émotionnelle. Je pense notamment au grenier de la manufacture. C’est là que, dans les années 1970, au moment de la crise du quartz, un horloger a choisi de cacher les plans et les outils de l’El Primero, convaincu qu’il ne fallait pas abandonner ce mouvement. Ce geste a permis, des années plus tard, de le faire renaître. Nos clients connaissent cette histoire. Et lorsqu’ils découvrent cet espace, certains sont réellement émus. À ce moment-là, on ne parle plus de storytelling : on est face à quelque chose de vrai, de vécu, presque de tangible. C’est là que se joue l’authenticité : dans l’émotion, dans les lieux, dans les histoires humaines qui ont façonné la Maison.

Alexis de Prévoisin

Est-ce dans ce contexte qu’est née l’idée de "The Heart of Watchmaking" ?

Benoît de Clerck

Oui, très naturellement. En découvrant la manufacture, les équipes, l’énergie du lieu et la force d’El Primero, cette idée s’est imposée. The Heart of Watchmaking n’est pas un slogan plaqué. C’est une manière de parler des femmes et des hommes qui font la Maison, de leurs savoir-faire, et de cette transmission très concrète, de mentor à mentor, qui fait vivre l’horlogerie dans le temps. C’est, au fond, l’expression d’une réalité : un lieu vivant, profondément humain, où tout se transmet et se perpétue.

Alexis de Prévoisin

L’adhésion interne a-t-elle été immédiate ?

Benoît de Clerck

Oui, parce que c’était juste. Quand une expression met simplement des mots sur ce que les équipes ressentent déjà, elle s’installe très vite. Elle ne force rien. Elle révèle. C’est ce qui s’est passé ici.

Alexis de Prévoisin

Ce qui frappe aussi dans votre discours, c’est la continuité entre la manufacture, les horlogers et l’expérience client.

Benoît de Clerck

C’est essentiel. Une manufacture ne doit pas rester un récit abstrait. Elle doit vivre dans la relation. C’est tout l’intérêt des watch clinics : faire circuler le savoir-faire grâce à des établis itinérants animés par notre équipe hospitalité, permettre aux horlogers d’aller au contact des clients, transformer la technicité en moment de transmission. On relie ainsi le cœur de la manufacture à l’usage, au poignet, à l’expérience vécue.

Alexis de Prévoisin

Vous considérez donc ces moments comme autre chose qu’une simple animation retail ?

Benoît de Clerck

Bien davantage. Ce sont des moments où la marque devient pédagogique, tangible, mémorable. On ne vend pas seulement une montre ; on transmet une compétence, une émotion, une compréhension. Et, dans le luxe aujourd’hui, cette capacité à transmettre une vérité produit est décisive.

Alexis de Prévoisin

Nous évoquions vos "100 premiers jours" au dernier Watches & Wonders ; pourquoi ce moment vous paraît-il si important ?

Benoît de Clerck

Parce qu’il conditionne la qualité du regard. Il est très facile d’arriver avec des idées préconçues. Il est beaucoup plus utile de commencer par observer, écouter, comprendre. Quand vous faites cet effort, vos décisions deviennent plus fines, plus justes, plus ancrées dans le réel.

Alexis de Prévoisin

Votre management semble reposer sur un équilibre assez fort entre écoute et responsabilisation. Est-ce l’une des clés de votre manière de diriger ?

Benoît de Clerck

Oui, j’y crois beaucoup. Pour bien décider, il faut d’abord comprendre : les personnes, les rythmes, la culture, les forces réelles de l’organisation. Cette phase d’écoute évite les contresens et donne plus de justesse à l’action. Mais écouter ne signifie pas ralentir.

Chez ZENITH, j’ai trouvé une culture qui donne rapidement de l’espace pour agir, apprendre et prendre sa place. C’est une culture exigeante, mais aussi très stimulante, parce qu’elle repose sur la confiance. L’écoute et la responsabilisation ne s’opposent pas : elles se renforcent.

Alexis de Prévoisin

Vous parlez beaucoup de vos équipes, et il y avait eu cette campagne virale avec vos équipes sur fond de "bleu ZENITH". Quelle place leur donnez-vous dans la trajectoire actuelle de ZENITH ?

Benoît de Clerck

Une place centrale. Une stratégie n’existe vraiment que lorsqu’elle est portée par des personnes qui la comprennent, l’incarnent et la font vivre ensemble. Chez ZENITH, j’ai trouvé beaucoup de savoir-faire, d’énergie, d’agilité, mais aussi une vraie complémentarité. Cette qualité de lien compte énormément, parce qu’elle transforme une ambition en exécution fluide.

Alexis de Prévoisin

La Gen Z semble particulièrement réceptive à ZENITH. Comment l’expliquez-vous ?

Benoît de Clerck

Parce qu’elle recherche des histoires vraies, des objets qu’elle puisse comprendre, raconter et véritablement s’approprier. Sur ce terrain, ZENITH a beaucoup à transmettre : la richesse de ses mouvements, la force de son héritage, la précision, la réalité de sa manufacture, et toute la pédagogie technique qui accompagne cet univers. Je ne crois pas qu’il faille simplifier l’horlogerie à l’excès pour parler à cette génération ; je pense au contraire qu’elle est très sensible à la vérité et à la précision, à condition de savoir les incarner. La mesure du temps, les différences entre les mouvements, la construction d’un calibre peuvent devenir passionnantes dès lors qu’elles sont bien racontées. La complexité n’est pas un frein : elle peut, au contraire, devenir un facteur d’adhésion et d’appropriation.

© Zenith

Alexis de Prévoisin

Dans un marché plus complexe, la maîtrise industrielle est-elle redevenue un avantage décisif ?

Benoît de Clerck

Très clairement. Le fait de produire nos mouvements en interne donne de l’agilité, de la flexibilité et de la maîtrise. Cela permet de s’ajuster plus vite à la demande, de mieux piloter les volumes, d’éviter le surstock et de protéger la perception de valeur. Nous suivons cela avec beaucoup de rigueur.

Alexis de Prévoisin

Vous insistez sur la nécessité de piloter très finement les volumes et l’écoulement réel des pièces. Pourquoi est-ce devenu un enjeu aussi stratégique pour ZENITH ?

Benoît de Clerck

C’est une discipline essentielle. Dans un marché plus tendu, il faut éviter de remplir artificiellement les canaux. Ce qui compte, ce sont les montres portées, pas les montres stockées.

Piloter précisément l’écoulement réel des pièces, ajuster les volumes par région et par canal, garder de la souplesse et éviter le surstock, ce n’est pas seulement une question de gestion opérationnelle. C’est une manière de préserver l’image de la marque, sa désirabilité, la confiance des partenaires et, au fond, la valeur même du produit. Une maison peut être fragilisée très vite si elle perd la maîtrise de ses flux.

La crédibilité se joue aussi là : dans la capacité à vendre juste, à respecter son marché et à protéger la lisibilité de son positionnement.

Alexis de Prévoisin

ZENITH peut aussi mettre son expertise au service d’autres maisons du groupe, à l’image de Tiffany. Comment regardez-vous ce type de collaborations ?

Benoît de Clerck

Lorsqu’elles sont légitimes, ces collaborations sont très naturelles. Le fait que ZENITH puisse intervenir auprès d’une maison comme Tiffany témoigne de la reconnaissance de son savoir-faire industriel et de la solidité de sa crédibilité horlogère. C’est une vraie fierté, bien sûr, mais cela n’a de sens que si chaque maison conserve pleinement son identité, son positionnement et son langage propre. Une collaboration réussie ne brouille pas les territoires : elle enrichit un écosystème, en permettant à chacun d’exprimer le meilleur de son expertise sans perdre sa singularité.

Alexis de Prévoisin

J’aimerais vous poser une question centrale au Journal du Luxe : quelle est, pour vous, la définition du luxe ?

Benoît de Clerck

Le luxe, c’est une alchimie faite d’artisanat, de beauté et de temps. C’est ce moment où le désir rencontre une vérité. Une montre de luxe doit pouvoir séduire, bien sûr, mais elle doit surtout pouvoir prouver quelque chose : une maîtrise, une cohérence, une sincérité, une durée. Lorsqu’un produit est beau, lisible, légitime et qu’il résiste au temps, il entre dans une autre catégorie. C’est là que commence le luxe.

Alexis de Prévoisin

Finalement, quelle est votre ambition pour ZENITH dans les années à venir ?

Benoît de Clerck

Continuer à rendre la Maison toujours plus lisible, plus forte, plus désirable, sans jamais l’éloigner de sa vérité. ZENITH doit rester cette marque où la technicité est réelle, où la manufacture est visible, où l’histoire est incarnée et où le produit parle juste. C’est cette cohérence qui construit la durée.

Alexis de Prévoisin — Directeur commercial Patrice Besse, Board Executive et auteur-conférencier de "Retail Émotions" & "Store Impact", chroniqueur Lifestyle luxe pour le Journal depuis la Suisse.

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