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Carita embarque avec Ponant Explorations
Publié le par Sidney Biolley
Les deux maisons françaises scellent une alliance inédite : des cabines de soin signées Carita à bord des navires d'expédition, inaugurées sur Le Commandant Charcot et déployées sur l'ensemble de la flotte d'ici février 2027.
Il faut avoir poussé, une fois au moins dans sa vie, la porte du 11 rue du Faubourg Saint-Honoré pour comprendre ce qui s'est joué lors de cette soirée du 17 septembre 2026. On entre dans un puits de lumière blanche, une rotonde percée d'arches, un escalier hélicoïdal qui monte vers des étages qu'on devine plus qu'on ne les voit. C'est ici que Maria et Rosy Carita, deux sœurs coiffeuses arrivées de Toulouse à Paris en 1943, ont installé leur maison en 1951 et ouvert, dix-sept ans plus tard, ce qu'on tient pour le premier spa parisien. C'est ici que la Maison Carita et Ponant Explorations ont annoncé leur rapprochement, devant une poignée d'invités triés sur le volet.
L'accord tient en une phrase et engage beaucoup : les soins Carita entrent dans les cabines des navires d'expédition. L'inauguration a lieu ce mois-ci à bord du Commandant Charcot, le navire de haute explorations polaire, hybride au gaz naturel liquéfié, entré en service en 2021, celui qui embarque des laboratoires scientifiques, transforme des voyageurs en aventuriers et pousse l'exploration jusqu'au pôle. Le déploiement se poursuivra ensuite, navire après navire, sur douze unités de la flotte d'ici février 2027, avant d'être étendu à l'ensemble des croisières de la compagnie. Aux rituels emblématiques de la maison parisienne s'ajouteront des protocoles conçus spécifiquement pour la mer, articulés autour de trois intentions : la récupération, la relaxation, le lâcher-prise.
Stendhal écrivait que "la beauté n'est que la promesse du bonheur". L'accord signé ce soir-là consiste, très exactement, à tenir cette promesse à des milliers de kilomètres de la rue du Faubourg Saint-Honoré. Les sœurs Carita continuent leur voyage au bout du monde.
"On s'est rendu compte qu'on employait les mêmes mots"
J'ai demandé aux deux dirigeants : Chiara Allegri, directrice générale internationale de Carita, et Benoît-Étienne Domenget, président de Ponant Explorations, lequel était allé vers l'autre. Aucun des deux n'a revendiqué l'initiative, et ce n'était pas une figure de style : leur complicité saute aux yeux.
"C'est arrivé comme une évidence", dit Chiara Allegri. "Deux maisons françaises, des valeurs communes : l'excellence, l'hospitalité de luxe, cette idée de reconnexion à soi par le voyage et de connexion à l'autre. J'avais depuis longtemps l'envie de transposer notre sanctuaire urbain vers un nouvel horizon, et un horizon qui a l'océan pour perspective, c'est difficile de trouver plus bel écrin." Benoît-Étienne Domenget prend le relais et assume aussitôt la part personnelle : "cela fait à peu près un an que je suis arrivé chez Ponant. Ce qui est au cœur de mes réflexions, c'est la cohérence de l'expérience de nos passagers, de A jusqu'à Z : qu'elle soit riche de sens et en parfaite résonance avec notre ADN d'exploration. Ensuite, il y a des alignements de planètes, des concordances de temps. Nous nous sommes rencontrés, nous avons commencé à échanger, et nous nous sommes rendu compte assez vite que nous employions les mêmes mots. Le sanctuaire. La reconnexion. L'exploration. Le savoir-faire, l'artisanat, le cousu main, le sens du détail, la personnalisation. Nous avons voulu voir si le vocabulaire se transposait en plan. Nous avons vite vu que ça marchait. »
Il y a, dans la manière dont ces deux-là se renvoient la parole, quelque chose qui ne se fabrique pas en réunion de direction. Ils se complètent et terminent les phrases de l'autre.
Derrière cette convergence, deux trajectoires industrielles qui se répondent aussi. Carita, fondée en 1945, passée sous pavillon Shiseido en 1986 puis dans le giron de L'Oréal Luxe en 2014, a fêté ses quatre-vingts ans l'an dernier et cherche depuis plusieurs saisons à porter son savoir-faire au-delà de ses murs, vers l'hôtellerie et le bien-être haut de gamme. Ponant, racheté par Artémis, la holding de la famille Pinault, en 2015, a doublé sa flotte en une décennie et s'est rebaptisé Ponant Explorations pour assumer un positionnement d'expédition d'exception plutôt que de croisière. Les deux maisons sont arrivées au même carrefour à peu près en même temps.
Reconnexion, révélation
Je leur ai demandé de résumer en deux mots ce que leur rencontre allait créer pour les voyageurs. Chiara Allegri n'a pas hésité longtemps : "la reconnexion, d'abord. On parle beaucoup de déconnexion en ce moment dans nos deux univers ; ce qui compte, c'est ce qu'on reconnecte. Ponant le fait par le voyage, qui est une connexion au monde mais aussi une connexion à soi. Ce sont des voyages intérieurs. Et la beauté, la révélation de sa propre beauté, est un voyage intérieur très profond. La révélation ensuite. Depuis les sœurs Carita, notre mission est de révéler l'Aura, cette énergie qu'on ne voit pas, mais qui se dégage d'une personne, d'une personnalité. C'est par là qu'on se transforme. Ce partenariat, pour moi, ouvre une nouvelle ère de l'expérience de luxe : une expérience transformative, tournée vers l'émotion et vers l'intériorité."
Proust avait mis le doigt sur la même chose, et l'avait formulé pour toujours : le seul véritable voyage, le seul bain de Jouvence, "ce ne serait pas d'aller vers de nouveaux paysages, mais d'avoir d'autres yeux". C'est, mot pour mot, le programme que ces deux maisons viennent de signer.
Le luxe transformatif n'est pas un slogan neuf dans ces secteurs. Il est en revanche rarement adossé à un dispositif aussi exigeant : un espace clos, une durée longue, une clientèle captive et difficile à impressionner. Benoît-Étienne Domenget propose un autre couple de mots, et le défend avec une conviction qui n'a rien d'institutionnel : "Tradition et audace. Les deux vont très bien ensemble. Chez une cliente qui part à la recherche de sa beauté intérieure, il y a exactement la même démarche que chez un explorateur."
Des voyageurs qui ne viennent pas pour ne rien faire
Je fais observer qu'en parcourant les itinéraires de Ponant Explorations, on cherche en vain le farniente. Son président saisit la perche avant même que la phrase soit terminée.
"Ce qui est au cœur de l'attente de nos voyageurs, c'est d'être acteurs du voyage, pas spectateurs. Il y a des moments de calme, chacun vit à son rythme, mais ce sont de vrais moments d'aventure : randonnées, sorties, visites selon les destinations. Ce sont des journées actives."
Et c'est précisément ce qui donne au soin sa place. "La combinaison est formidable : j'ai des journées actives, j'ai du voyage, et j'ai en plus la possibilité de me retrouver, de me ressourcer, de me régénérer. Le navire permet cela. Vous avez une unité de temps, une unité de lieu, une unité d'espace. Vous bougez, vous découvrez au fur et à mesure, mais le cadre, lui, ne change pas." explique Benoît-Étienne Domenget. Il marque un temps, puis ajoute une variable qu'aucun spa urbain ne pourra jamais offrir, et là il ne parle plus en dirigeant : "L'onde, le mouvement naturel de la mer, ajoute une dimension supplémentaire. Dix minutes face à cette houle, contemplatif, et vous êtes dans les conditions les plus propices qui soient. Moi, à titre personnel, je trouve ça formidable."
Cette unité de lieu rend possible une chose que le soin urbain peine à réussir : la durée. "Quand on est sur un navire, on peut construire dans le temps", insiste Chiara Allegri. "Notre savoir-faire, c'est l'identification du bon programme : le diagnostic, l'entretien sur mesure, puis un protocole qui se bâtit, pas une simple séance. La transformation est immédiate, mais aussi durable. Ce sont les expériences les plus complètes qui donnent le plus de satisfaction, et les résultats les plus tenaces." La grammaire du partenariat tient d'ailleurs en quatre verbes : se ressourcer, se régénérer, se revitaliser, se révéler.
Le vent, le sel, le soleil, le froid
Reste la question qui saute aux yeux devant une carte des itinéraires : que fait-on de l'Arctique et de l'Antarctique ? Un passager qui vient de passer six heures sur un pont balayé par le vent polaire n'a pas les mêmes besoins qu'un citadin.
"Vous avez du vent, vous avez du sel, vous avez du soleil, vous avez du froid, vous avez du chaud", énumère Benoît-Étienne Domenget. "On est exposé. Ce n'est pas un problème, c'est une réalité, c'est même exactement pour cela qu'on y va. Et c'est là que la possibilité d'offrir des parcours de régénération, parfois profonde, parfois plus légère, prend tout son sens."
Les premiers protocoles répondent déjà à cette exposition : un soin nocturne qui accompagne la régénération de la peau pendant le sommeil, conçu pour n'exister nulle part ailleurs qu'à bord ; un protocole drainant pour effacer la fatigue des longs trajets, adossé à une technologie de micro-stimulation choisie pour sa double vertu, profondément relaxante, et d'une efficacité immédiate.
Quant au grand écart thermique, le sauna, la snowroom du Commandant Charcot et sa neige fraîche maintenue entre -5 et -10 °C est sur la table comme un projet qui fait déjà rêver. "Bien sûr, nous nous sommes posé des questions de fond : il y a tout un voyage à imaginer autour du chaud et du froid", abonde la directrice générale de Carita. "Nous réfléchissons à aller encore plus loin dans nos protocoles. Ce partenariat est un projet d'envergure ; nous l'avons construit pour le développer dans le temps. Et nous avons beaucoup de projets ensemble."
Une envie de voyager vers soi
C'est peut-être le vrai enseignement de cette soirée. Ce que les deux maisons ont signé n'est pas un catalogue de prestations installé dans des cabines existantes, mais un terrain d'expérimentation à douze navires. Le luxe, ici, ne se mesure plus à ce qu'on met à la disposition du passager. Il se mesure à ce que le passager en repart ayant changé.
Je suis sorti du 11 Faubourg Saint-Honoré dans une rue vivante, parfaitement connue et j'ai remarqué que je regardais un nouvel itinéraire. Celui de ceux qui, dans quelques semaines, se réveilleront à bord du Commandant Charcot, monteront sur le pont dans un froid qui coupe la respiration, regarderont la banquise s'ouvrir sous l'étrave pendant des heures, puis redescendront, le visage encore choqué de sel et de vent, vers des mains expertes et une lumière douce, pour se laisser révéler.
Nicolas Bouvier l'avait dit avec une justesse : "On croit que l'on va faire un voyage, mais bientôt c'est le voyage qui vous fait, ou vous défait." Ce que Carita et Ponant Explorations ont mis au point ensemble, c'est précisément l'inverse du défait. C'est un voyage qui qui prend désormais soin de vous pendant qu'il vous fait.
À celles et ceux qui embarqueront les premiers, je souhaite la mer longue, la glace bleue, le silence des hautes latitudes et cette fatigue heureuse qui ne se soigne qu'avec des gestes lents. Je leur souhaite de rentrer méconnaissables. Et je les envie, sincèrement, comme on envie ceux qui partent pendant qu'on retourne travailler.