Chronique
Céline Dion vs Zendaya : deux pouvoirs de la mode
Publié le par Eric Briones
Le method dressing est devenu l’une des mécaniques les plus puissantes du tapis rouge.
Le principe ? S’habiller non plus seulement pour apparaître, mais pour prolonger un récit. Le vêtement reprend les codes d’un film, d’un personnage ou d’un univers et transforme chaque apparition publique en un nouvel épisode.
Zendaya, avec Law Roach, en a imposé la grammaire. Céline Dion est peut-être en train d’en inventer la suite.
Zendaya : la mode pour prolonger la fiction
Avec Dune ou Spider-Man, Zendaya ne fait pas simplement la promotion d’un film.
Elle l’habite.
Ses silhouettes prolongent l’esthétique, les signes et l’imaginaire de l’œuvre jusque sur le tapis rouge et les réseaux sociaux.
Le vêtement devient un média.
Le génie de Zendaya est d’avoir supprimé la frontière entre personnage, actrice et mode. Chaque look fait avancer la même histoire.
La mode devient une extraordinaire machine à produire de la cohérence culturelle et de la désirabilité.
Céline Dion : la mode pour organiser son retour
Céline Dion utilise aujourd’hui les mêmes armes, mais change totalement de scénario.
Elle n’a aucun film à défendre.
Le personnage, c’est Céline. L’histoire, c’est son retour.
À Paris, chaque apparition devient un épisode : Alaïa, Loewe, Dior, Givenchy, Tom Ford par Haider Ackermann…
La rue devient podium. L’hôtel devient scène. Les fans deviennent des médias.
Et le vêtement raconte quelque chose avant même qu’elle ne chante : la reprise de possession de son image, de son corps et de son statut.
Zendaya utilise la mode pour prolonger une fiction.
Céline Dion l’utilise pour réécrire sa réalité.
Zendaya construit le récit, Céline reconstruit l'aura
C’est là que la différence devient passionnante.
Chez Zendaya, le vêtement crée une continuité narrative. Il augmente la puissance culturelle d’une histoire.
Chez Céline Dion, il devient un instrument de transformation. Chaque silhouette participe à façonner la prochaine version publique d’elle-même.
Avec un renversement particulièrement intéressant.
La mode adore aujourd’hui ses archives : les ressortir, les citer, les réinterpréter.
Céline fait l’inverse.
Elle ne porte pas seulement l’archive. Elle fabrique l’archive de demain.
Ses silhouettes parisiennes deviennent déjà les images avec lesquelles on racontera un jour « le retour de Céline ».
Le nouveau pouvoir de la mode : faire devenir
C’est peut-être la véritable leçon de ce face-à-face.
Zendaya démontre que la mode peut augmenter la puissance d’un récit. Céline Dion démontre qu’elle peut augmenter la puissance d’une personne.
Pendant longtemps, la mode nous a permis de montrer qui nous étions : notre statut, notre appartenance, notre goût.
Elle pourrait désormais jouer un rôle plus profond : nous aider à mettre en scène nos transformations.