Chronique

Galliano chez Zara : la boucle est bouclée

Publié le par

Galliano rejoint Zara. Le choc ! De temps en temps, le luxe aime "s'encanailler" en multipliant les partenariats éclairs avec Zara. Mais voici que le géant de la fast fashion se permet de "débaucher" un talent qui a marqué l'histoire de la haute couture. C'est tout de même un comble !

Il faut reconnaître que tout est sens dessus dessous et que la propriété intellectuelle en perd ses petits.

Il y a peu de temps encore, Zara était le mistigri des grandes marques de mode. À peine le défilé terminé que Zara sortait des imitations vendues à grande vitesse au travers de collections non plus saisonnières mais quasi trimestrielles, se succédant sans laisser de stock ni d'invendus. Le temps de constater la contrefaçon, la collection n'était déjà plus en vente. Les marques n'avaient plus que leurs yeux pour pleurer.

Mais pas toujours. Zara a dû se défendre dans de nombreuses affaires où il lui était reproché d'avoir contrefait des sacs Chloé, des robes Alaïa ou encore des lunettes... Dior. (Tiens ?!) Le risque était assumé, relégué au chapitre des "pertes et profits".

Les clientes de Zara ont compris l'astuce et l'ont vite adoptée. Très rapidement, les garde-robes des clientes du luxe mélangent robes Zara et collier Alhambra, "petit top" Mango associé à un manteau Chanel. Zara s'institutionnalise. Ses prix augmentent.

Voilà Shein qui entre en scène ! À peine arrivée, la marque déclenche le phénomène des "Zara dupes". C'est l'arroseur arrosé.

Loin de livrer bataille sur le même terrain, Zara s'en éloigne. Elle soigne son image. Après tout, si ses propres clients se détournent d'elle à cause de ses prix élevés, il y a sans doute de nombreux clients des maisons de luxe qui s'agacent eux aussi de prix toujours plus artificiels.

Zara se repositionne. Première métamorphose réussie : le Super Bowl 2026. En habillant Benito, Zara touche le monde des stars sans perdre son ancrage populaire. Un véritable "win-win".

Zara ne s'arrête pas là. Il lui faut un grand nom de la mode. En ce moment, c'est la valse des directeurs artistiques. Pourquoi ne pas se joindre à la danse ? Zara ne s'est pas contentée d'un petit nom : John Galliano, je veux !

Le créateur britannique est passé par Givenchy, Dior puis Maison Margiela, laissant une empreinte durable dans chacune de ces maisons avant de développer sa propre vision créative.

Maintenant, Zara ? Mais comment incarner Zara ?

Une maison de luxe traditionnelle possède un patrimoine et une signature propre qu'un directeur artistique doit faire vivre. Il apportera sa patte, mais devra rester fidèle à l'identité de la maison. Zara, elle, n'a pas d'identité propre : elle est la fusion de toutes. Les archives de Zara constituent un bac à sable unique pour un génie créatif. Un condensé des trente dernières années de mode, fait de copies, d'imitations et de clins d'œil.

Galliano a immédiatement donné le ton : il réinterprétera les collections passées de Zara pour créer des nouveautés qui apparaîtront sous forme de "drops" réguliers.

Cela laisse songeur... Tellement qu'il est tentant de l'imaginer déambuler dans les archives et tomber sur la copie d'une veste Dior qu'il avait créée lorsqu'il dirigeait la maison. Galliano n'en est pas à une provocation près : il pourrait être tenté de réinterpréter pour Zara une création qu'il avait lui-même réalisée pour Dior... Après tout, l'inspiration est permise.

par