Gucci ou l'entité culturelle au service du redressement
Publié le par Journal du Luxe
En partageant publiquement son ressenti à l'issue du premier défilé de Demna pour Gucci, Luca de Meo, arrivé à la direction générale de Kering il y a six mois, consacre le travail d'équipe et la puissance de l'ADN comme moteurs de reprise de la Maison florentine, en repli de 19 % en 2025.
De Meo : la gouvernance par le verbe
Deux jours après la présentation de la collection "Primavera" Automne-Hiver 2026/2027 à la Fashion Week de Milan, Luca de Meo s'est fendu d'un commentaire d'analyse sur ses réseaux sociaux. "Milan a laissé une profonde impression", écrit l'homme d'affaires recruté pour re-dynamiser le groupe de luxe et qui évoque "une énergie rare, portée par des femmes et des hommes engagés, unis par une ambition commune : honorer l’héritage de Gucci tout en façonnant son avenir."
En guise de conclusion, un salut explicite au directeur artistique Demna, aux équipes, mais aussi à Francesca Bellettini, promue PDG de Gucci quelques jours après la nomination de de Meo. Une sémantique inclusive qui, sur fond de valorisation de l'exécutif, réinstalle le tandem créatif/business au service de la résilience et n'est pas sans évoquer le duo stratégique formé par le designer Tom Ford et le dirigeant Domenico De Sole durant leur décennie commune (1994-2004) chez Gucci.
De la marque à l'entité culturelle, le pari de l'émotion
L'influence de Tom Ford s'impose comme la clé de voûte de ce changement de paradigme. Sur le podium, le défilé a renoué avec l'esthétique du créateur texan : cette allure, mêlant silhouettes ajustées et dentelles transparentes à l'accent érotico-chic, replace Gucci au centre des conversations sociétales.
En acceptant d'alimenter le débat sur le renouveau de Demna, l'influence 90's, certaines coupes audacieuses ou encore des choix de matières polémiques, la griffe mise sur la puissance de l'attention médiatique pour stimuler les ventes, alimentées par une mise à disposition de la collection en see now buy now.
"La collection a divisé ? C'est exactement le but", explique Eric Briones, auteur, planneur stratégique et directeur général du Journal du Luxe, dans un éditorial dédié au sujet. "Certains y voient un électrochoc vital, d'autres y voient une provocation de mauvais goût. Mais en 2026, chercher à plaire à tout le monde est la mort silencieuse d'une marque d'exception. Le vrai luxe se reconnaît précisément quand il a le courage de choquer les masses pour mieux exalter et fanatiser sa propre communauté."
"Quand la créativité rencontre la maîtrise et la technologie, l'émotion devient vision, définissant Gucci non seulement comme une marque, mais comme une entité culturelle", résume de son côté Luca de Meo dans son post.
La diplomatie des racines et du marché
Cette renaissance culturelle s'appuie enfin sur une diplomatie des origines. En choisissant de doubler son message en anglais et en italien, Luca de Meo ne fait pas que souligner implicitement la proximité avec ses propres racines transalpines.
Ce bilinguisme stratégique - qui fait écho à ses récents vœux du Nouvel An lunaire adressés en chinois - témoigne aussi d'une volonté de s’adresser aux marchés internationaux sans perdre de vue l'ancrage historique de Gucci. C'est ici autant une interpellation des clientèles locales qu'une main tendue aux artisans de la Maison, rappel que le futur de la griffe reste intrinsèquement lié à l'excellence de son terroir italien.