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La leçon de Gucci : en 2026, le luxe sera émotionnel ou ne sera pas

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Si l'on observe la trajectoire du marché pour 2026, une évidence s'impose : la dimension émotionnelle est devenue le moteur absolu de la désirabilité.

Toutes les maisons de luxe le réclament dans leurs comités de direction, mais très peu ont réussi à définir une véritable "grammaire émotionnelle". La plupart se réfugient dans un storytelling nostalgique ou un vernis purement esthétique.
Et puis, Demna a présenté vendredi sa première collection "Primavera" pour Gucci. Avec ce défilé, il n'a pas seulement dessiné des vêtements ; il a rédigé le manifeste du luxe contemporain.

Oser déplaire pour magnétiser sa communauté

Le luxe n'a jamais eu vocation à faire l'unanimité. Pourtant, par peur du risque, beaucoup de marques se sont enlisées dans un consensus tiède. Demna, lui, a pris le parti inverse. Il savait pertinemment que sa vision radicale susciterait des réactions extrêmes, oscillant entre l'amour absolu et le rejet total.

La collection a divisé ? C'est exactement le but. Certains y voient un électrochoc vital, d'autres y voient une provocation de mauvais goût. Mais en 2026, chercher à plaire à tout le monde est la mort silencieuse d'une marque d'exception. Le vrai luxe se reconnaît précisément quand il a le courage de choquer les masses pour mieux exalter et fanatiser sa propre communauté.

La nouvelle grammaire émotionnelle : le sexy et le ressenti

Pendant une décennie, la mode s'est enfermée dans une "pseudo-intellectualisation" justifiant chaque coupe par des concepts alambiqués. Demna a mis fin à cette ère chez Gucci avec une déclaration limpide : "Je ne veux pas d’une approche intellectuelle, mais je veux que Gucci soit une sensation".

Il a inventé sa propre grammaire en fusionnant deux notions apparemment opposées : l'hyper-sexualisation et le bien-être intime. Après nous avoir habitués à l'oversize, il remet le corps au centre. Le vêtement n'est plus une armure sociale, c'est une libération viscérale. Le créateur le confesse lui-même : "C'est vraiment libérateur de pouvoir enfin faire des vêtements sexy... Je veux me sentir sexy, me sentir attirant". C'est un retour brutal et salvateur à nos instincts les plus fondamentaux : le désir et le besoin viscéral d'être désiré.

Le luxe transformatif comme bénéfice absolu

C'est ici que l'approche de Gucci bascule dans ce que l'on nomme le Luxe Transformatif. Le bénéfice transformatif se définit comme la capacité d'une marque à opérer une métamorphose intérieure chez son client. Le produit n'est plus évalué sur sa simple fonction ou son statut social extérieur, mais sur son "ROI existentiel" : comment ce vêtement me transforme-t-il ? Comment modifie-t-il mon rapport à moi-même et à mon corps ? Comment me révèle-t-il, un bénéfice fondamental pour la Gen Z, particulièrement recherché par Demna.

L'ambition n'est plus seulement d'habiller, mais de soigner par l'émotion. Une philosophie que Demna résume parfaitement en fixant son cap pour cette nouvelle ère : créer des vêtements "qui peuvent être appréciés par un large public, qui enrichissent leur vie et leur procurent un sentiment de bien-être".

Quand le vêtement devient un outil de réconciliation avec soi-même, la marque ne vend plus une simple collection. Elle vend la version la plus puissante, libre et désirable de vous-même. Et c'est là, le luxe ultime. Nous en reparlerons en mai prochain, dans mon prochain livre "Luxe Renaissance".

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