Chronique
Haute Couture et Métiers d’Art : les terres rares du luxe
Publié le par Eric Briones
Cette semaine, les défilés Dior, Prada et Chanel ont déclenché un étrange consensus médiatique. Moins de commentaires sur le buzz, plus d’analyses sur le fond. Moins d’effets de surface, plus de respect pour le geste.
Un signe des temps.
Car derrière les silhouettes, une même lecture affleure :
quand le luxe doute, il retourne à ses fondamentaux.
Et ces fondamentaux ont un nom : les métiers d’art.
Les métiers d’art sont les terres rares du luxe
La métaphore n’est pas poétique. Elle est stratégique.
Les terres rares, ce sont les matériaux invisibles mais décisifs.
Ceux qui conditionnent la souveraineté, la puissance, l’indépendance.
Les métiers d’art jouent exactement ce rôle dans l’écosystème du luxe contemporain.
En 2025, le luxe est traversé par un poison lent : la défiance.
Défiance sur les prix.
Défiance sur les marges.
Défiance sur la sincérité des récits.
Face à cette crise silencieuse, il n’existe qu’un antidote que le client ne peut contester :
la vérité du geste.
Cette semaine, les podiums ont parlé vrai
Chez Dior, la couture redevient une architecture du corps : lisible, patiente, presque humble. La maison orchestre un spectacle culturel en trois temps parfaitement maîtrisé : le défilé, moment de tension esthétique ; le show privé pour les VIC, où le geste devient privilège ; puis l’exposition, ouverte à tous, enfin à ceux, surtout, qui acceptent de prendre le temps de s’imprégner des détails performatifs des métiers d’art.
Chez Prada, la radicalité n’est plus un manifeste conceptuel mais une expérience de la métamorphose, une tension entre cérébralité et émotion.
Chez Chanel, la haute couture n’est plus un exercice de style ni un héritage à protéger, mais une démonstration de souveraineté artisanale : faire de la main un pouvoir silencieux, lisible et désirable, là où la marque n’a plus besoin de parler pour convaincre.
Trois maisons, trois écritures.
Un même message implicite :
la désirabilité sans artisanat devient toxique.
Qui dit terre rare dit tension sur la ressource
Et c’est là que le sujet devient politique.
Le luxe post-occidental, la Chine en tête, l’a parfaitement compris.
Erreur fréquente : croire que, pour ces marchés, la RSE se résume au carbone.
C’est faux.
Le sommet de la RSE, pour eux, c’est la protection des savoir-faire.
La capacité d’une marque à garantir la survie, la transmission et la montée en puissance de la main humaine.
Le pouvoir de demain ne résidera pas dans l’accumulation de logos,
mais dans la maîtrise du geste
et dans sa transmission aux jeunes générations.
Le vrai pouvoir du luxe n’est ni digital ni culturel : il est artisanal
Parler de haute couture et de métiers d’art aujourd’hui, ce n’est pas célébrer le passé.
C’est sécuriser un approvisionnement stratégique. C’est sanctuariser le seul actif que l’IA ne saura jamais copier.
Dans un monde saturé de récits, la main reste la dernière preuve.
Et peut-être la plus rare de toutes.