
BHV Marais : le redressement judiciaire d’un grand magasin en pleine crise
Publié le par Pauline Duvieu
Entre conflit avec son bailleur, retards de paiement, départ de marques et chute des ventes, le BHV Marais traverse une crise profonde. Alors que le grand magasin a demandé son placement en redressement judiciaire, sa direction et son propriétaire, le fonds canadien Brookfield, se rejettent la responsabilité de la situation.
Qui accuse qui, et pourquoi
C’était une issue redoutée, presque annoncée. Le 27 octobre, le BHV Marais a demandé son placement en redressement judiciaire auprès du tribunal des activités économiques de Lyon, au terme de plusieurs mois de difficultés commerciales et financières. La procédure comporte également un volet judiciaire à Paris, où une audience était annoncée le 30 octobre à la suite d’une démarche du parquet. Les suites de cette audience et l’articulation entre les deux démarches restent à préciser.
Selon la direction présidée par Karl-Stéphane Cottendin, le bailleur du BHV (le fonds canadien Brookfield) n’a pas versé les indemnités dues en échange de la restitution de près de 60% de ses surfaces commerciales. Cet accord avait été conclu au printemps 2026, quelques mois après le rachat des murs du BHV par Brookfield aux Galeries Lafayette. Ce non-paiement aurait empêché le grand magasin de réaménager ses espaces et de se réapprovisionner. Le BHV évoque également les pillages du rez-de-chaussée survenus après des troubles dans le centre de Paris en octobre, qui auraient encore aggravé les difficultés de trésorerie.

De son côté, Brookfield indique que ces indemnités ne peuvent être versées qu’une fois les espaces restitués conformément au contrat et les travaux de mise aux normes effectués. Le bailleur affirme que ces conditions ne sont pas remplies et rejette donc la responsabilité de la situation financière sur le BHV. "Brookfield dément catégoriquement devoir une quelconque somme au BHV à ce jour. […] Dire que la relance de l’activité du BHV dépend du bailleur des lieux inverse totalement la réalité des faits. C’est l’inexécution des propres engagements du BHV qui conduit à la situation actuelle" a expliqué le fonds canadien à l’AFP.
La procédure doit donner un cadre judiciaire au traitement des dettes et permettre à l'entreprise de poursuivre son activité pendant l’examen de sa situation. La direction la présente comme un outil pour "sécuriser son plan de relance" et préserver les quelque 700 emplois aujourd'hui menacés. Le magasin doit rester ouvert pendant cette phase, selon ses annonces. Une période d'observation de six mois, renouvelable, peut être ouverte si le tribunal prononce le redressement.

Erreur stratégique et retards de paiement : la crise (bien plus profonde) du BHV
La crise du BHV ne se résume toutefois pas au différend avec Brookfield. Le choix de miser sur Shein, dont un espace a ouvert dans le magasin en novembre 2025, a également suscité une vive controverse. Cette décision, portée par Frédéric Merlin, alors à la tête de la Société des Grands Magasins (SGM), a durablement terni l’image de l’enseigne. Karl-Stéphane Cottendin, qui a repris en juin dernier, avec trois autres cadres, l'exploitation du magasin cédée par SGM, avait même qualifié cette "expérimentation" d'"erreur stratégique" auprès de l'AFP.
À cela se sont ajoutés des retards de paiement reprochés par les fournisseurs, incitant de nombreuses marques à quitter l’enseigne ces derniers mois. L'inspection du travail suspectait même la société d’être en cessation de paiements, ce que niait la direction.
Les ventes témoignent de ces difficultés à maintenir le BHV sur pied. Selon les informations recueillies par Le Monde, les ventes sont passées de 274 millions d’euros en 2024 à 170 millions en 2025, soit une chute des revenus de 38% (104 millions d’euros). Entre janvier et août 2026, le magasin, dont les rayons se sont considérablement vidés au fil des mois, n'aurait enregistré que 21 millions d’euros de ventes.
