brunello cucinelli

Chronique

Le livre, support ultime du luxe

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En novembre 2025, Kering a dévoilé une série de vidéos retraçant l’histoire fondatrice de chacune des maisons du groupe. À l’image, chaque récit prend symboliquement l’aspect d’un livre. Quoi de plus évident, en effet, pour
incarner à la fois la narration et la transmission ?

Objet culturel par excellence, le livre est devenu stratégique et riche de sens pour beaucoup de maisons de luxe.
Entre outil de brand content et authentique objet d’exception, l’examen de ce support révèle les attributs qu’il partage avec le luxe.

Le support privilégié des maisons de luxe

LVMH figure parmi les premières maisons de luxe à avoir investi le champ du livre.
Depuis ses premières publications dédiées au voyage en 1994, Louis Vuitton a ainsi composé un catalogue de plus de cent ouvrages qui participent à la mise en valeur de son histoire, de ses savoir-faire et de ses designers.

Depuis 1996, la fondation Prada édite des livres en lien avec ses expositions et ses projets culturels. Presque tous préfacés par Miuccia Prada, ils explorent des thèmes très pointus à portée philosophique.
La maison Van Cleef & Arpels soutient, quant à elle, depuis 2012 la diffusion de la culture joaillière à travers le programme éditorial mené par l’École des Arts joailliers.

Enfin, la maison Hermès, si habile à jouer avec les mots, a niché sa librairie Chaîne d’encre dans son magasin amiral de la rive gauche parisienne.
Gérée par Actes Sud, elle offre une sélection exigeante d’ouvrages culturels ainsi que sur l’art équestre et propose un service de curation de livres pour ses clients désireux de se constituer une bibliothèque personnalisée.

Librairie LV au Grand Palais ©Louis Vuitton

Un emblème historique du pouvoir et du luxe

Le contenu d’une bibliothèque a en effet toujours été un marqueur statutaire pour son propriétaire. Des livres d’art ou de philosophie ne diront pas la même chose sur lui que des rayons de BD ou de recueils de poésie…
La curation de livres est comparable à celle d’œuvres d’art ou d’objets décoratifs. Et cette pratique remonte d’ailleurs à la Renaissance.

Dès le XVe siècle, dans une Europe qui s’enthousiasme pour l’humanisme inspiré de l’Antiquité, le livre devient l’instrument par excellence de la pensée et la bibliothèque, le symbole majeur du pouvoir. Rois et papes constituent alors des fonds prestigieux pour démontrer leur puissance.

De nos jours, c’est le Culture Fund de Chanel qui installe à Shanghai une bibliothèque de 1 670 m2 avec plus de 50 000 ouvrages consacrés à l’art contemporain.
Ou Brunello Cucinelli, dans son village de Solomeo, qui entreprend la création d’une bibliothèque universelle constituée d’oeuvres essentielles du monde entier dans cinq disciplines (philosophie, littérature, poésie, architecture et artisanat) et destinée à… "lui survivre mille ans" (dixit).

Un nouvel objet de luxe contemporain

À une échelle plus intime que les grandes bibliothèques étatiques, le studiolo privé de la Renaissance était une pièce réservée à la lecture et l’étude. Ancêtre italien du cabinet de curiosités, il mêlait livres rares et objets d’art précieux.

Imaginé au XIVe siècle par le poète Pétrarque, il se répand vite au siècle suivant dans les intérieurs bourgeois et princiers.
Ceux de Côme de Médicis à Florence ou d’Isabelle d’Este à Mantoue sont parmi le plus célèbres.
C’est un peu cet esprit qui flotte aujourd’hui dans les librairies Assouline, éditeur spécialisé dans l’art de vivre et les monographies de maisons de luxe. Les beaux livres y côtoient des objets de collection, aussi variés qu’une maquette de Ferrari F1 ou une paire de serre-livres en bronze à plusieurs milliers d’euros.

Publié récemment, le fashion guide de la série Emilie in Paris y est vendu à 120 euros, mais d’autres titres –comme la monographie sur Cartier– atteignent des prix comparables à ceux d’accessoires de luxe.
Assouline fut le premier éditeur français à penser le livre comme un objet de luxe à part entière, notamment à travers ses collections Ultimate ou XXL, où la fabrication, le papier, la reliure et jusqu’à l’emballage, cacheté à la main d’un élégant sceau de cire rouge, participent pleinement de l’expérience.

Sceau Assouline ©Assouline

Ce soin apporté au livre, une autre maison d’édition le pousse à l’extrême.
Spécialisée dans les grands textes universels illustrés, la maison Diane de Selliers ne publie qu’un seul livre par an depuis une trentaine d’années, avec pour certains un tirage limité numéroté. Elle est l’un des trois éditeurs membres du Comité Colbert, au titre notamment de son engagement "en faveur du luxe que représente le temps de bien faire et la
durabilité de nos ouvrages." Plus qu’une politique éditoriale, elle mène une mission au service du bien commun.

Enfin, autre exemple de la rareté du livre : à Tokyo, la librairie Morioka Shoten ne propose qu’un seul livre à la vente par semaine. Dans son tout petit espace à l’allure monacale, le client est invité à se concentrer sur un seul titre pour mieux plonger dans l’univers de l’auteur. Et le concept fonctionne depuis dix ans.

30 ans d'édition Diane de Selliers ©Constance Proux

Si le livre séduit autant l’univers du luxe, c’est qu’il en possède en réalité déjà tous les attributs.
Comme l’objet de luxe, il est une création qui repose sur un savoir-faire traditionnel, de belles matières et une fabrication exigeante.
Il offre une expérience sensorielle visuelle et tactile. Il est un marqueur statutaire culturel et s’inscrit dans le temps long.
À contretemps du flux digital éphémère, le livre imprimé ancre durablement le récit d’une maison par sa matérialité et le distingue du bruit de l’époque.

Au-delà d’apporter un gage culturel, le livre s’impose comme l’un des objets qui résonnent le plus juste dans l’univers du luxe.

Spécialisée en communication d’excellence dédiée à l’artisanat d’art et au luxe, Bénédicte de Renty-Lévy accompagne la valorisation des savoir-faire des acteurs de l’excellence et partage régulièrement ses réflexions sur le beau qui fait du bien et le sens du luxe.

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Campagne La bibliothèque universelle © Brunello Cucinelli

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