Former, transmettre, recruter : l'avenir désirable des métiers d'excellence
Publié le par Mathilde Audenaert
Indissociables du patrimoine national et fers de lance de l'industrie du luxe, les métiers d'artisanat et d'excellence n'ont jamais autant cherché à recruter. À travers une étude menée sur l'ensemble du territoire avec le soutien du Groupe LVMH, l'Institut pour les Savoir-Faire Français et Ipsos BVA se sont penchés sur le rapport des Français - et notamment des jeunes - à ces professions de l'exception.
Des métiers fantasmés, mais peu connus
Orfèvres, modistes, maroquinier, ébénistes, céramistes… Mal-aimés les métiers d'excellence ? Pas vraiment. Dévoilé lors de la dernière édition des Rencontres des économiques des Métiers d'art, le rapport "Perceptio : explorer l'imaginaire collectif des métiers d'art et savoir-faire d'exception" révèle que 97 % des Français disposent d'une bonne image de ces professions spontanément associées aux notions de "patrimoine" et de "luxe".
Et pourtant : seuls 35 % des sondés estiment bien connaître ces métiers, un angle mort crucial alors même que se pose le défi de la transmission des gestes et des connaissances. En cause, le manque de lisibilité d'un secteur aux terminologies variées - "savoir-faire d’exception", "artisanat d'art", "métiers d'art", "métiers d'excellence"... - mais aussi la sous-représentation des 281 professions qu'il englobe et ce, dans seize domaines d'activité.
De futurs talents du luxe et de l'excellence à séduire
Selon l'étude, cette méconnaissance pèserait particulièrement sur l'attractivité de ces métiers auprès des jeunes Français, un public pourtant essentiel à leur pérennisation.
Les nouvelles générations se montreraient ainsi plus critiques que leurs aînés, quitte à nourrir des considérations trompeuses. 56 % des 18-25 ans estiment que ces métiers requièrent un niveau d'études élevé alors qu'ils sont en majorité accessibles au niveau pré-bac ou bac. De même, seuls 43 % des 16-17 ans se déclarent optimistes quant à l'employabilité de ces professions, une perception en décalage avec la réalité du marché : à titre d'exemple, le leader mondial du luxe LVMH emploie aujourd'hui plus de 8000 artisans dans 119 ateliers un peu partout en France et a publié en 2025 environ 4500 offres de postes liés aux métiers d'excellence.
Réconcilier désirabilité et perspectives terrain
Face aux tensions de recrutement, comment insuffler une attractivité durable à ces métiers ? De manière générale, ce rapport met en lumière la concordance des métiers d'excellence avec les aspirations professionnelles chères à la nouvelle génération : le sens, la passion et l'indépendance, associés à une aura créative. Autant de leviers qu'il convient d'activer avec une résonance empirique, notamment en abordant la question de la rémunération, critère n°1 dans le choix d'orientation de 56 % des sondés.
Si l'analyse confirme l'efficacité des campagnes de sensibilisation online, elle souligne aussi la nécessité de valoriser les filières professionnelles par des actions concrètes. Parmi elles, l'intégration de modules dès l’école primaire au nom de la culture générale, des cours d'orientation au collège et au lycée, ainsi que des expériences in situ : interventions d'artisans, visites, nouveaux formats de stages…
Sont également mentionnés le développement d'outils pédagogiques, tout comme le déploiement d'un réseau d'internats pour favoriser l'accès à des formations éloignées sur un territoire national riche en savoir-faire régionaux. L'excellence française n'a pas dit son dernier mot.
Trois questions à Marion Bardet, Directrice des Métiers d'Excellence LVMH
Journal du Luxe
Pourquoi le Groupe LVMH s'est-il associé à cette étude ?
Marion Bardet
Nous travaillons sur les Métiers d'Excellence depuis plus de dix ans et nous savons à quel point ces sujets sont essentiels pour l'emploi et la transmission des savoir-faire. Un artisan sur quatre partira à la retraite d'ici 2030 : attirer des jeunes vers ces métiers est donc un enjeu clé pour préserver nos savoir-faire français.
Concrètement, en dix ans, LVMH a formé plus de 3 900 apprentis aux métiers d'excellence, rencontré près de 9 000 collégiens et proposé chaque année plusieurs milliers d'emplois partout en France.
Quand l'Institut pour les savoir-faire français nous a proposé cette étude, nous avons immédiatement accepté. Nous rencontrons encore beaucoup d'idées reçues sur le terrain. Cette étude nous apporte des données objectives pour mieux comprendre les freins, mais aussi pour donner à toute la filière et aux pouvoirs publics des clés concrètes pour agir.
Journal du Luxe
Quel grand enseignement en avez-vous tiré ?
Marion Bardet
Ce qui frappe, c'est le paradoxe. Les Français ont une image extrêmement positive de ces métiers, mais ils les connaissent très mal. On les admire, mais on ne sait pas vraiment ce qu'ils recouvrent concrètement.
Deux idées reçues ressortent très fortement. D'abord, près d’une personne sur deux pense qu’il faut de longues études pour y accéder, alors que la majorité des parcours passent par des CAP, des brevets métiers d'art ou des bacs professionnels. Ensuite, beaucoup pensent qu'il faut un talent inné, alors que ces savoir-faire s'apprennent par la formation et la pratique. Notre expérience de formation par l'Institut des Métiers d'Excellence nous le confirme depuis 2014.
L'étude montre aussi quelque chose de très encourageant : les jeunes cherchent du sens, des métiers concrets, durables, et ils perçoivent ces métiers comme des métiers d'avenir. Cela confirme ce que nous observons sur le terrain et c’est très enthousiasmant.
Journal du Luxe
Quelles initiatives en 2026 pour promouvoir les Métiers d'Excellence LVMH ?
Marion Bardet
En 2026, nous voulons amplifier notre action. D'abord en allant encore davantage au contact des jeunes avec la nouvelle tournée You & ME qui démarre dès le 30 janvier, à Paris, plus Clichy-sous-Bois et passera par la région Auvergne-Rhône-Alpes. Ce sont des événements ouverts où nos artisans, ainsi que des experts de la création et de l'expérience client, viennent expliquer leur métier, où l'on propose des ateliers pratiques, des rencontres, du coaching CV, et où l'on présente concrètement les parcours de formation de l'Institut des Métiers d'Excellence, avec l'appui de nos écoles partenaires...
Nous allons aussi continuer à développer l'Institut des Métiers d'Excellence et notre Académie de formation continue pour accompagner les collaborateurs tout au long de leur carrière, sans oublier les profils en reconversion qui représentent déjà un tiers de nos apprenants.
Enfin, nous voulons multiplier les passerelles très concrètes : plus de rencontres entre nos métiers et le jeune public, plus de partenariats avec les territoires, les écoles et les acteurs publics. Notre objectif est simple : rendre ces métiers visibles, accessibles et connus dans leur diversité, montrer qu'il existe de vraies carrières épanouissantes, dans des ateliers modernes, collectifs, avec de belles perspectives d'évolution.
Nous sommes convaincus que les talents sont partout. À nous de créer les bonnes rencontres pour les révéler.