Pourquoi la tendance "2016" s'impose aussi dans le luxe

Publié le par Journal du Luxe

Sur les réseaux sociaux, la référence à l'année "2016" s'est imposée comme la trend de ce début d'année. Un come-back esthétique et culturel qui marque aussi une année charnière qui a profondément transformé le modèle économique du luxe, entre nouvelles rythmiques, produits moteurs et redéfinition du désir, et dont les grandes Maisons exploitent encore aujourd'hui les effets.

2016, le recentrage d'un modèle

Après des années de prudence post-crise, les Maisons prennent acte d'un changement structurel : la croissance ne peut plus reposer uniquement sur l'exploitation des icônes. La création redevient un moteur central, non plus seulement au service de l'image, mais aussi de la valeur et du business.

Gucci incarne ce basculement. Sous la direction d'Alessandro Michele, la griffe engage un repositionnement radical, assumant un langage créatif maximaliste à rebours des codes établis. Dès l'exercice 2016, les effets sont tangibles : progression des ventes, rajeunissement marqué de la clientèle. La vision créative, pleinement incarnée, s'impose à nouveau comme un levier de croissance à part entière.

La montée en puissance du streetwear de luxe

2016 marque aussi le moment où l'influence du streetwear cesse d'être périphérique. Tout juste nommé chez Balenciaga, Demna Gvasalia impose des silhouettes inspirées du quotidien et développe des sneakers massives qui redéfinissent la désirabilité du produit. Pensée dès 2016, la Triple S - révélée publiquement en janvier 2017 - incarne ce tournant : un objet clivant, mais capable de générer trafic, visibilité et ventes.

La sneaker s'impose comme un produit stratégique. Moins chère qu'un sac iconique, mais plus fréquente à l'achat, elle devient un puissant outil de recrutement et de fidélisation, amplifiée par le rapprochement avec les équipementiers.

De nouvelles temporalités

Autre mutation structurante de 2016 : la remise en question du calendrier traditionnel. Capsules, lancements intermédiaires de type "drops" et propositions hors podium principal se multiplient. Chanel renforce ses collections Métiers d'art, Louis Vuitton accélère ses prises de parole produit au-delà des Fashion Weeks. Le désir ne se nourrit plus deux fois par an : il doit être entretenu en continu, avec une rareté désormais scénarisée.

Le digital comme accélérateur de désir

En 2016, le digital cesse d'être un simple canal d'image pour devenir un accélérateur de business. Instagram s'impose comme espace de prescription majeur : une silhouette ou un produit doit être identifiable en une seconde. Les campagnes, assorties de storytelling amplifiés, sont pensées pour circuler immédiatement. Le luxe intègre la vitesse du feed, prépare le terrain du social commerce et laisse entrevoir ses liens avec les créateurs de contenus.

Beauté : le pilier de croissance qui s'impose

2016 marque également une inflexion dans le domaine de la beauté de prestige. Dior lance Dior Backstage, une ligne pensée pour les professionnels mais accessible au grand public, qui modernise le maquillage de la Maison. Chanel renforce Les Beiges, incarnation d'un luxe plus naturel et quotidien. Lancôme accélère sur Absolue, avec de nouveaux soins premium à forte valeur ajoutée.

Ces lancements traduisent un basculement clair : la beauté devient un pilier économique central, capable de recruter des cibles variées, de générer de la récurrence et de lisser les cycles plus erratiques de la mode.

Un luxe pensé pour une nouvelle génération

Sans encore parler ouvertement de Gen Z, 2016 recentre clairement le luxe sur les 20-35 ans. Influencé par le streetwear et des produits plus accessibles stylistiquement, le luxe commence à se vivre au quotidien plutôt que comme un aboutissement social. Une transformation profonde qui redéfinit durablement la relation aux marques.

Si 2016 s'impose aujourd'hui comme une année de bascule, c'est parce qu'elle a modifié durablement la façon dont le luxe crée du désir et de la valeur. Dans dix ans, l'industrie sera sans doute relue à travers d'autres prismes, ceux de la quête de sens, du règne de l'intelligence artificielle, de la normalisation de la seconde main ou encore de l'influence de TikTok… Une lecture prospective à retrouver dans le Live Intelligence du Journal du Luxe spécial "Prévisions 2026" , en partenariat avec Accenture, le jeudi 29 janvier, à 11h30 sur LinkedIn,.

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