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« Dans le luxe, l’expertise française est un label de confiance absolu » Osanna Orlowski, Collector Square
Publié le par Nicolas Rebet
En une décennie, Collector Square a érigé la seconde main en territoire de désir autant que de valeur. De l'extension vers l'Art à la conquête du marché américain, la Maison impose ses codes : expertise rigoureuse, rareté assumée et identité française comme label de confiance absolu. Sa co-fondatrice Osanna Orlowski décrypte la mécanique d'un modèle où chaque objet raconte une histoire
Nicolas Rebet
Quel est l'objet qui, lors du lancement, vous a prouvé que le modèle de Collector Square était la réponse aux nouveaux besoins du marché du luxe ?
Osanna Orlowski
Plus qu'un objet précis, c'est une rencontre intergénérationnelle qui a servi de catalyseur. Au tout début de notre aventure, une mère et sa fille sont venues au showroom. La mère souhaitait offrir un sac de luxe neuf à sa fille, laquelle a catégoriquement préféré la seconde main, par conviction écologique et goût pour l'histoire des objets. Elles sont reparties avec un sac Chanel vintage et, de surcroît, la mère a fait l'acquisition d'une montre qu'elle recherchait depuis longtemps. Cette scène a illustré la puissance de notre modèle : nous ne vendons pas seulement des objets, nous offrons un accès à la rareté et nous nous inscrivons dans une démarche de circularité qui séduit désormais toutes les générations.
Nicolas Rebet
Collector Square s'étend désormais à l'Art. Pourquoi ce territoire est-il devenu un pilier stratégique pour la croissance de la Maison ?
Osanna Orlowski
Après la maroquinerie, l'horlogerie et la joaillerie, le département "Art et Collection" s'imposait comme une évidence. Notre volonté était de diversifier notre offre vers un univers de vie global, tout en conservant notre fil rouge : l'objet comme investissement et plaisir. Ce marché de l'art du "multiple" est encore trop peu structuré.
En y insufflant nos codes - l'expertise rigoureuse, la transparence des prix et la fluidité de service - nous attirons aussi bien des collectionneurs avertis que des clients néophytes. Aujourd'hui, ce département représente déjà près de 10 % de notre activité, confirmant la pertinence de cette extension.
Nicolas Rebet
Dans un marché de la seconde main ultra-concurrentiel, quelle est votre stratégie pour sécuriser un inventaire de pièces exclusives et "introuvables" ?
Osanna Orlowski
Notre force réside dans notre positionnement sur le "Hard Luxury". En nous spécialisant sur le segment le plus élevé du marché, nous offrons aux vendeurs un service clé en main : expertise immédiate, prix de marché juste et, surtout, rachat immédiat.
Ce dernier point est un levier psychologique fondamental : nous désintermédions la vente pour apporter une garantie de liquidité instantanée. Si notre sourcing provient majoritairement de particuliers, nos équipes ont également développé des réseaux à travers le monde pour chasser des objets précis sur demande de clients.
Nicolas Rebet
Quel est le levier prioritaire pour exporter votre modèle de "curation à la française" sur des marchés comme les États-Unis ou l'Asie ?
Osanna Orlowski
L'international représente déjà plus de la moitié de notre chiffre d'affaires. Notre levier prioritaire est l'affirmation de notre identité française.
Dans le luxe, l'expertise française est un label de confiance absolu. Notre stratégie repose sur un site robuste couplée à une logistique irréprochable.
Contrairement à une simple marketplace de mise en relation, nous sommes un tiers de confiance qui prend la responsabilité physique et juridique de chaque objet, ce qui est un argument de vente majeur à l'export.
Nicolas Rebet
Quelle place stratégique occupe votre showroom parisien dans un business model qui réalise aujourd'hui la majorité de ses ventes en ligne ?
Osanna Orlowski
Le showroom est le prolongement physique indispensable de notre site. S'il ne représente qu'une part minoritaire des transactions directes, il est essentiel comme point de réassurance. Pour des objets dont la valeur peut atteindre plusieurs dizaines de milliers d'euros, certains clients apprécient de pouvoir vérifier l'état des pièces et de rencontrer nos experts.
C'est un outil hybride qui fluidifie le parcours client : on repère en ligne, on confirme au showroom, et l'on finit souvent par commander depuis chez soi.
Nicolas Rebet
Grâce au LuxPrice-index, quelles sont les catégories d'objets que vous identifiez comme les futurs "placements gagnants" pour cette année ?
Osanna Orlowski
Les valeurs les plus stables restent les icônes.
En horlogerie, Rolex et Cartier maintiennent une croissance organique constante. En maroquinerie, les modèles Birkin et Kelly d'Hermès ne cessent de se valoriser, portés par une demande mondiale qui dépasse largement l'offre.
Nous observons également un intérêt croissant pour les bijoux vintage et les montres aux diamètres plus contenus, marquant un retour à une élégance plus discrète.
Nicolas Rebet
Comment vos clients arbitrent-ils entre le neuf et l'occasion ? Quels sont les drivers spécifiques qui les orientent vers l'un ou l'autre de ces canaux ?
Osanna Orlowski
L'arbitrage se fait sur deux niveaux. Pour les modèles courants, le moteur est principalement économique avec une décote attractive. Pour les pièces iconiques, le driver est la disponibilité immédiate. Le marché du neuf impose souvent des listes d'attente décourageantes ; la seconde main devient alors le seul accès réel au rêve.
Enfin, la dimension patrimoniale joue un rôle : acquérir une pièce de seconde main, c'est acheter un objet qui a déjà prouvé sa capacité à traverser le temps.
Nicolas Rebet
Quel est le prochain grand défi que vous vous fixez pour Collector Square ?
Osanna Orlowski
Notre défi majeur pour les deux prochaines années est l'accélération de notre ancrage physique et logistique aux États-Unis. Nous souhaitons y déployer des équipes locales pour offrir la même réactivité qu'en Europe.
L'objectif est clair : devenir la référence mondiale incontestée de l'objet de luxe de seconde main, en portant haut les couleurs de l'expertise et de l'art de vivre français.
Nicolas Rebet est le fondateur de Retailoscope, cabinet de conseil spécialisé dans les stratégies retail et l’expérience client des Maisons de luxe. Il accompagne également ses clients sur les enjeux liés aux clientèles VIC, à travers la conception de clubs privés, d’expériences confidentielles et de parcours sur mesure.