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« La nature et la bonne santé restent le luxe ultime » Sophie Lacoste, Fusalp
Publié le par Eric Briones
À l’occasion du Live Intelligence spécial rentrée du Journal du Luxe, Sophie Lacoste revient sur les défis qui attendent Fusalp en 2026.
Adaptation au changement climatique, développement de l’intersaison, essor de l’athleisure, intelligence artificielle et ambitions internationales : la dirigeante détaille les leviers sur lesquels la maison entend s’appuyer pour prolonger son élan, sans diluer l’identité qui fait sa force.
Journal du Luxe
Comment va Fusalp en cette rentrée 2026 ?
Sophie Lacoste
Fusalp va bien, va très bien, et se prépare à sa rentrée. L’été est forcément davantage une période de préparation de l’hiver.
Nous sommes donc très heureux, parce que nous avons une nouvelle collection qui arrive pour l’automne, pour entrer doucement dans la saison plus fraîche. Nous avons vraiment hâte de voir quel va être l’accueil de nos clients et du public pour cette nouvelle collection, très "cocooning", que nous aimons beaucoup.
Journal du Luxe
Nous avons justement vécu un été de chaleurs extrêmes… Comment se prépare-t-on à ce changement de climat lorsque l’on est une maison dont l’ADN est l’hiver ?
Sophie Lacoste
Oui, notre ADN vient de la montagne, en tout cas. Et ce qui constitue notre ADN, à nous, c’est à la fois la conversation entre la technicité et le style.
La technicité s’applique vraiment beaucoup au changement climatique, puisqu’elle nous permet de mettre au point des vêtements qui répondent à de nombreuses contraintes que l’on peut rencontrer au cours d’une journée. Quand il fait 8 degrés le matin et 18 degrés l’après-midi, on ne sait pas trop comment s’habiller.
La technicité permet de proposer des vêtements légers, respirants et protecteurs. Elle permet également ce que l’on appelle le layering. On peut, par exemple, avoir une petite veste que l’on pourra porter sous un manteau lorsqu’il fera froid, mais qui fonctionnera aussi très bien à l’intersaison, afin de se protéger de la pluie et du vent, sans avoir trop chaud. Parce que le grand sujet du vêtement aujourd’hui, c’est de ne pas avoir trop chaud, de se sentir à l’aise et de pouvoir respirer, même lorsque les températures sont plus fraîches, afin de rester en mouvement.
Chez Fusalp, nous disons toujours que Fusalp, c’est l’art du mouvement. Ce sont des vêtements qui permettent de bouger. Et pour cela, il faut pouvoir se sentir bien dans de très nombreuses conditions. La technicité apporte donc de l’adaptabilité. Et c’est cela qui nous intéresse aujourd’hui.
Journal du Luxe
Cela signifie que, d’un point de vue business, la période printemps-été n’est pas un creux pour vous ?
Sophie Lacoste
Alors si, je ne vais pas vous mentir. Évidemment, nous réalisons une très grosse partie de notre business pendant les grands mois d’hiver. Mais c’est justement cela, notre challenge aujourd’hui.
Nous avons déjà mené une première étape. Nous avons repris cette entreprise il y a douze ans, avec mon frère et ma belle-sœur, et nous l’avons remise au goût du jour sur le ski et sur l’hiver, avec un véritable succès sur un certain nombre de produits.
Notre challenge aujourd’hui est donc de nous ouvrir à l’intersaison, au printemps et à l’automne, afin de créer davantage d’occasions de porter Fusalp de manière légitime.
À quoi pense-t-on lorsque l’on pense à Fusalp au printemps ? Est-ce que c’est l’athleisure ? L’enjeu est de parvenir à conserver cette identité Fusalp très forte, tout en lui donnant d’autres manières d’être portée que par le seul vêtement de ski.
Journal du Luxe
Vous l’avez bien dit, il s’agit de la reprise d’un business existant. Vous employez souvent cette expression : vous avez "réveillé une belle endormie". Comment réveille-t-on une belle endormie en 2026 ?
Sophie Lacoste
Déjà, nous avons eu de la chance, parce que c’était vraiment une très belle endormie.
C’était une entreprise qui était devenue très locale. La première chose à faire, lorsqu’il s’agit d’une marque forte comme Fusalp, est de revenir aux bases, aux fondamentaux.
Qu’est-ce que Fusalp ? Qu’avons-nous envie de dire à travers cette marque ? Quelle est sa juste place ? Parce que, malgré tout, le patron reste la marque. C’est elle qui nous aide et qui nous dicte ce que nous pouvons faire avec elle. Ce qui est toujours important, c’est d’être distinctif. On aime ou on n’aime pas Fusalp, mais on reconnaît un produit Fusalp. C’est ce que nous avons cherché à faire : construire une identité évidente.
Nous avons également ouvert un certain nombre de points de vente, ce qui a permis de donner de la visibilité aux produits que nous développions. Cela a été formidable, puisqu’il y a véritablement eu une réponse sur ce sujet-là, avec un besoin, une envie des produits Fusalp. Et ça, c’était très fort.
Journal du Luxe
Alors, on parle beaucoup d’IA générative. Même dans la création, ce n’est pas un domaine interdit. Quelle est la place de l’IA générative dans la création chez Fusalp ? Le fait d’avoir ces racines techniques, est-ce que ce n’est pas finalement un accélérateur pour l’IA ? Est-ce que ce n’est pas un bon territoire d’expérimentation ?
Sophie Lacoste
Alors, c’est certain, il y a des sujets sur lesquels l’IA aide beaucoup. Et nous n’en sommes qu’au début.
Je pense que nous allons apprendre énormément de tout ce que l’IA peut nous apporter, peut-être en matière de schémas techniques, d’innovation… Beaucoup de choses.
Après, en matière de style, malgré tout, je crois que nous avons des cerveaux qui sont déjà très bien faits. Nous avons toute une équipe de designers qui sont très performants. Alors, certainement qu’ils vont se faire épauler par l’IA. Mais je pense que, malgré tout, si l’on veut être différenciant, il faut quand même compter sur l’intelligence humaine pour trouver de nouvelles façons de porter les vêtements.
Les tendances sont compliquées à prévoir avec l’IA. On peut faire un certain nombre de choses, mais parvenir à prévoir, à prédire ce dont les gens vont avoir envie dans un an et demi ou deux ans, cela reste quand même quelque chose qui relève du feeling, du ressenti et de l’expérience acquise au fil des années.
Forcément, l’IA sera un outil puissant pour analyser les données. Mais il y a quand même quelque chose qui tient de la magie, de l’instinct, et qui donne son identité à Fusalp. Et c’est cela qui compte, je crois.
Journal du Luxe
Il y a eu un petit frisson positif dans le luxe au mois de juillet, avec des résultats qui commençaient à être légèrement positifs. Comment sentez-vous cette rentrée 2026 ? Et, si vous aviez un conseil à donner pour réussir cette rentrée, quel serait-il ?
Sophie Lacoste
Je sens cette rentrée de manière très positive. Je sens qu’il y a de belles énergies et des envies de faire dans le monde entier. Le conseil que je donnerais, c’est d’élargir son point de vue, de regarder les choses d’un peu loin et de manière globale pour pouvoir comprendre.
Nous avons un marché américain qui est extrêmement dynamique, vraiment, et qui, l’année dernière, a battu des records. L’Asie continue également à être très forte.
Nous restons une petite entreprise. Nous avons donc des possibilités de déploiement qui restent très, très importantes.
Mais, de manière générale, je pense qu’il faut élargir son regard et observer le marché de manière internationale, afin de comprendre qu’il existe beaucoup d’opportunités.
Journal du Luxe
Quel est le challenge que vous identifiez pour votre maison en 2027 ? Quel est le principal point d’amélioration ?
Sophie Lacoste
C’est vraiment cela : trouver les produits iconiques du printemps et de l’automne. Quels vont être nos best-sellers durant ces saisons, qui sont moins évidentes pour nous ? Et comment parvenir à trouver des produits qui répondent à un vrai besoin, à une véritable envie ?
Nous y sommes parvenus avec les combinaisons de ski, par exemple. Maintenant, nous avons une douzaine de combinaisons, avec des modèles différents dans chaque collection. Les femmes viennent chez nous spécialement pour les trouver et en achètent une nouvelle chaque année. Il y a vraiment un effet d’enthousiasme.
Il faut que nous trouvions la même chose pour le printemps et l’automne. L’automne, c’est un peu plus simple. Nous devons parvenir à avoir une marque qui s’inscrive dans davantage de saisons. C’est un véritable challenge pour conserver notre autonomie et rester forts.
Journal du Luxe
Il y a un côté health is wealth. Quelque part, un vêtement Fusalp est un vêtement à caractère sportif. On envoie donc un message sur soi lorsque l’on porte du Fusalp. C’est aussi cela ?
Sophie Lacoste
Absolument. Et c’est là où, lorsque je vous parle d’athleisure, je pense qu’il y a quelque chose de très fort à faire.
L’athleisure cartonne, on le sait. Mais nous pouvons apporter notre athleisure français très chic et très élégant à cette tendance. Même si l’on ne fait pas de sport, on a envie de montrer que l’on est quelqu’un de sportif, quelqu’un qui porte des baskets de montagne, même en ville, et qui dégage ce côté dynamique. C’est quelque chose de très valorisant, à beaucoup d’âges différents. Nous le constatons aux États-Unis, mais aussi énormément en Chine. Je pense que c’est une tendance de fond, qui va durer. Parce que, malgré tout, cela reste le luxe ultime : la nature, la bonne santé et, si l’on pousse la réflexion encore plus loin, l’immortalité.
Comment fait-on pour être le plus en forme et le plus longtemps possible ? Ce sont aujourd’hui les sujets auxquels le luxe s’adresse le plus. Lorsque l’on voit tous les énormes succès de la cosmétique, de la nutrition et de tout ce qui permet d’avoir l’air plus jeune plus longtemps, on comprend que ce sont des tendances véritablement très profondes.
Journal du Luxe
Un succès comme celui de la marque Alo, qui va jusqu’au wellness, est-ce quelque chose que vous ne vous interdisez pas ? Existe-t-il un wellness compatible avec Fusalp, entre guillemets ?
Sophie Lacoste
Pourquoi pas ? Évidemment, je ne m’interdis pas grand-chose. Nous avons quand même, comme je vous le disais, une patronne : c’est la marque. Mais le succès d’Alo est absolument incroyable.
Cela permet également de voir que des tendances peuvent prendre de manière très forte et assez rapidement. Il faut donc parvenir à trouver les bons sujets.
Ce qui n’est pas évident, c’est que les ressorts de ces succès évoluent énormément. Ce qui a fonctionné l’année dernière ne fonctionnera certainement pas l’année prochaine. Il faut être au bon moment, au bon endroit, et toujours rester très agile pour trouver ce qui fera que cela fonctionnera aujourd’hui.
Journal du Luxe
Et pour terminer, sur la Chine : depuis deux ans, il existe une véritable fièvre chinoise autour du ski. Est-ce que cela continue ? La concurrence, j’imagine, doit être forte ?
Sophie Lacoste
Oui, la concurrence est forte.
La Chine est un marché sur lequel nous ne sommes pas extrêmement présents. Nous sommes davantage présents au Japon, par exemple, et en Corée, où nous avons des points de vente assez forts.
Il existe en Chine des marques qui ont véritablement pris beaucoup de place. Je pense donc que cela demande beaucoup de moyens. Aujourd’hui, ce n’est pas notre marché prioritaire.
Pour nous développer en Chine, je pense qu’il faut des partenaires et des partenariats locaux forts. Il ne faut pas imaginer arriver avec notre savoir-faire et l’appliquer tel quel là-bas. Il faut vraiment adapter énormément les stratégies au marché chinois.